Centre d'Archives Régionales Séminaire de Nicolet

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ANTOINETTE ÉLIE : MISSIONNAIRE EN CHINE AU DÉBUT DU 20e SIÈCLE (3) :MALADIES ET RÉVOLUTIONEn 1906, les persécutions cont...
05/31/2026

ANTOINETTE ÉLIE : MISSIONNAIRE EN CHINE AU DÉBUT DU 20e SIÈCLE (3) :
MALADIES ET RÉVOLUTION
En 1906, les persécutions continuent d’éprouver les étrangers séjournant en Chine. Or, ce fléau n’est pas la seule menace à laquelle sont confrontées les sœurs Franciscaines de la mission de Taiyuanfu. Elles doivent aussi conjuguer avec les maladies et les épidémies engendrées par la malpropreté et un environnement parfois très hostile : « Il y a une épidémie de maux d’yeux, plus de 100 de nos orphelines sont atteintes, plusieurs sont déjà devenues aveugles. Je crois que la poussière est la cause de ce mal d’yeux. La sécheresse est extraordinaire. La poussière obscurcit parfois le ciel, on dirait une éclipse ». La fièvre typhoïde fait aussi des ravages. Sœur Marie-Lucienne-de-Jésus la contracte au cours du mois de juin 1906 : « J’ai été obligée de prendre le lit. Je n’ai pas été à l’extrémité, mais ma maladie causa un peu d’inquiétude, surtout pendant les 3 jours que j’eus le délire ». La religieuse minimise visiblement la gravité de sa maladie pour ne pas inquiéter ses proches; car, en réalité, elle met plusieurs mois avant de se rétablir et récupérer l’entièreté de ses forces. Puis, voilà qu’au début de l’année 1911, la peste commence à se répandre dans les provinces environnantes : « C’est une curieuse maladie qui prend sur les poumons et emporte en quelques heures. Surtout ne vous effrayez pas. La contagion atteint surtout les pauvres gens affaiblis par les privations ». Naturellement, les religieuses n’hésitent pas à se mettre elles-mêmes en danger pour soigner ces pauvres gens.

La révolution chinoise éclate le 29 octobre 1911. Quelques semaines plus t**d, profitant d’une accalmie, Antoinette Élie écrit à ses parents une lettre de 14 pages dans laquelle elle décrit au quotidien le fil des terribles événements dont elle continue d’être témoin. Voici quelques extraits de ce récit bouleversant: «Dimanche matin, vers 7 heures, nous entendîmes des coups de feu. En sortant de la chapelle nous trouvâmes un frère de la résidence qui venait nous dire que la révolution avait commencée. Toute la journée se passa en alerte. Au dehors on n’entendait que des décharges de fusils et de canons. Ce n’est qu’au matin que nous avions su que nous avions couru le plus grand danger. C’est un vrai miracle si nous y avons échappées. Une partie de la ville a été brûlée et le peuple s’est mis à voler. Ce fut un pillage épouvantable. Même les soldats chargés de protéger la mission voulurent s’échapper pour aller s’enrichir avec les autres. Les chefs ordonnèrent de tuer tous ceux qui continueraient à voler. Le chef républicain prit deux épées et abattit 65 têtes avec l’aide de ses officiers. Ce n’est que vers 2 heures le 30 octobre qu’on parvint à maîtriser cette foule ameutée. On parle de 2000 morts. Dans la ville, on ne voyait que les cadavres dont la tête avait été suspendue aux poteaux des lampes électriques. ». Les troubles, qui menacent continuellement la mission, se poursuivent durant des semaines avec son lot de pillages et de carnages. Les Franciscaines sont témoins d’atrocités indescriptibles et craignent de plus en plus pour leur sécurité personnelle : « Le 11 décembre, Monseigneur est venu nous dire de fermer et même de murer toutes les portes. De nouveau les pauvres gens affolés accouraient se réfugier chez-nous. Nous avons pu en recevoir environ 600 femmes et enfants. La garde s’organisait chez les pères, 80 fusils étaient distribués aux chrétiens, même nos pères séminaristes se firent soldats d’occasion. Vers 5 ½ heures une vingtaine de soldats armés essayèrent de défoncer nos portes. Ils furent reçus par nos hommes qui montaient la garde et s’enfuirent. Un peu plus t**d, ils revenaient une centaine. Nos gardiens les repoussèrent de nouveau ». Sœur Marie-Lucienne conclue le récit des évènements en ces termes : « La ville était livrée à elle-même. Les portes restaient ouvertes la nuit. Chacun faisait ce qu’il voulait, n’est-ce pas un miracle que nous n’ayons rien souffert? »

Des attaques sporadiques continuent de menacer la mission durant de longs mois avant qu’une paix relative s’installe dans la région. Des pourparlers visant à mettre fin aux hostilités sont entamés, des troupes sont envoyées en renfort et la mission retrouve une certaine tranquillité. La rébellion se poursuit pendant un an, meurtrière, mais elle représente aussi un pas vers le progrès. Déjà certaines traditions contestables comme les « petits pieds » sont remises en question et les provinces chinoises se modernisent progressivement : « Nous avons la lumière électrique depuis quelques jours. Toute la ville est éclairée. Les rues principales sont pavées. Bientôt on ne se croira plus en Chine » ironise la Franciscaine, sachant qu’une civilisation millénaire ne se modernise pas en quelques années. Durant quinze ans, sœur Marie-Lucienne-de-Jésus, originaire de Baie-du-Febvre, aura connu une destinée hors du commun en se dévouant entièrement à sa tâche de missionnaire au cours de l’une des périodes historiques la plus tourmentée de la Chine millénaire. Elle aura su surmonter des épreuves hors du commun grâce à son courage et à sa foi inébranlable. 231 lettres composent la correspondance du fonds Antoinette Élie conservé au CAR Séminaire de Nicolet. Ces précieuses lettres s’échelonnent sur une période de plus de soixante ans et représentent une source de renseignements remarquables sur l’expérience des missionnaires en terres étrangères, de même que de la vie communautaire des sœurs Franciscaines à Rome.
Sœur Marie-Lucienne est rappelée à Rome en 1919 où elle se voit d’abord confier la charge d’assistante générale, puis de vicaire-générale de l'Institut, de 1926 à 1959. Elle subit une hémorragie cérébrale, en 1952, qui la laisse impotente jusqu’à son décès, survenu le 13 février 1966.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Référence : Fonds Antoinette Élie (Sœur Marie-Lucienne-de-Jésus), F373/A1/1

Photos : Crucifix remis à sœur Marie-Lucienne-de-Jésus par le Saint-Père-F373-1-1. Antoinette Élie18 ans-couverture de Vent du large septembre-octobre 1968-F373 annexe.

RÉCRUDESCENCE DE DEMANDES DE COPIES CERTIFIÉES DE BAPTÊME DE LA PART DES AMÉRICAINS Depuis la mise en application de la ...
05/28/2026

RÉCRUDESCENCE DE DEMANDES DE COPIES CERTIFIÉES DE BAPTÊME DE LA PART DES AMÉRICAINS
Depuis la mise en application de la récente loi fédérale permettant aux personnes nées à l’étranger d’obtenir la citoyenneté canadienne par filiation, les demandes de renseignements de la part d’Américains désireux d’immigrer de ce côté-ci de la frontière, ont bondi. Ces derniers peuvent désormais déposer une demande de Certificat de citoyenneté directement sur la plateforme en ligne d’IRCC. Il leur faut pour cela rassembler les documents nécessaires (arbre généalogique et actes de naissance vérifiés par les autorités compétentes) prouvant qu’ils ont des liens de filiation substantiels (parent, grand-parent,) avec le Canada. Rappelons que le CAR conserve dans ses voûtes un peu plus de la moitié des archives des paroisses du diocèse de Nicolet. Certaines d’entre elles, comme Saint-Pie-de-Guire, connurent, considérant leur faible ratio de population, une émigration drastique vers la fin du 19e siècle. Ainsi, depuis le mois de mars dernier, notre archiviste, Marie Pelletier, reçoit de plus en plus de demandes de la part d’Américains, descendants de ces émigrés, désireux d’obtenir une copie certifiée des documents de baptême de leurs ancêtres, dans le but éventuel d'immigrer au Canada.
Saint-Pie-de-Guire, qui se situe à quelques 25 km au nord-ouest de Drummondville, connaît une véritable prospérité dans les années 1860, lorsqu’une forge dont la production équivaut à celle des forges du Saint-Maurice s’installe à proximité du bassin de la Rivière aux Vaches : « En plus du haut fourneau, on y comptait cinq charbonnières, une forge, un moulin à farine, une trentaine de logements pour les employés, des étables, un magasin et une boulangerie. » En cinq années d’activités, les forges produisent plus de 5000 tonnes de fonte. La surprise est donc totale lorsque les propriétaires en cessent l’exploitation, en 1873. Cet été-là, l’entreprise se retrouve avec un excédent de fer non vendu équivalent à une année de production. On ignore la raison véritable de ce déficit commercial. Les journaux de l’époque évoquent, à tort, l’épuisement du minerai dans la région. On remet aussi en cause le prix trop élevé du fer produit à Saint-Pie-de-Guire. Or, les circonstances entourant le rachat de l’usine par l’industriel montréalais, John MacDougall, principal client des forges de Saint-Pie-de-Guire, laissent plutôt croire à une manœuvre stratégique de la part de ce dernier. Ayant déjà échouer dans des tentatives similaires auprès des forges du Saint-Maurice et de l’Islet, MacDougall aurait volontairement cessé ses achats à Saint-Pie-de-Guire afin d’affaiblir l’entreprise et s’en porter acquéreur à prix réduit, par la suite.
La fermeture des forges entraîne inévitablement un exode de la population. Suivant le courant déjà lourdement engagé dans la province de Québec, plusieurs citoyens de la région choisissent de migrer vers les États-Unis où les usines de textile en plein essor réclament de plus en plus de main-d’œuvre. Sans préciser exactement leur destination, dès 1874, 6 familles quittent définitivement la paroisse de Saint-Pie-de-Guire. Cette saignée se poursuit par la suite alors, qu’en moyenne, une trentaine de familles quitte la paroisse par année sur une période de douze ans, soit de 1874 à 1886. Là-dessus, un peu moins de la moitié revient chaque année s’installer au pays. Statistiques éprouvantes pour une communauté composée d’environ 1240 personnes, dont 250 familles. L’exode des jeunes célibataires demeure aussi préoccupant. On dénombre 30 à 40 d’entre eux à quitter définitivement la paroisse pour migrer vers les États-Unis, en 1889.
Nous ne possédons pas les statistiques des Franco-Américains revenus s’établir à Saint-Pie-de-Guire suite à la crise économique de 1929. Nous disposons cependant de celles de Saint-Guillaume-de-Upton et Saint-David, des paroisses environnantes, où, entre 1929 et 1935, une quinzaine de familles reviennent habiter dans leurs paroisses d’origine. Celle-ci ont pour noms : Belhumeur, Boisvert, Beaudet, Collard, Sarrazin, Blanchard, Roy…

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Fonds François Zeman F406/B1/7. Collection Paroisse de Saint-Guillaume-d ’Upton C076/Z3/9/3

Photos : Photos : Église de St-Pie-de-Guire vers 1877, P.V. Ayotte-F085-P8200. Église de St-Pie-de-Guire vers 1910, Philias Coulombe-F085-13268.

ANTOINETTE ÉLIE : MISSIONNAIRE EN CHINE AU DÉBUT DU 20E SIÈCLE (2) : LE QUOTIDIENDès son arrivée à la mission, sœur Mari...
05/24/2026

ANTOINETTE ÉLIE : MISSIONNAIRE EN CHINE AU DÉBUT DU 20E SIÈCLE (2) : LE QUOTIDIEN
Dès son arrivée à la mission, sœur Marie-Lucienne-de-Jésus constate qu’elle est précédée d’une réputation de soignante. La pénurie de médecins ou de personnel infirmier est criante. Les autorités promettent de recruter des missionnaires possédant quelques connaissances dans le domaine médical : «Je ne vous ai pas dit que le vieux père chinois avait écrit à mère supérieure pour lui demander une sœur sachant soigner les malades. Je ne sais pas comment ça c’est fait, mais toujours est-il que je me suis trouvée être la sœur tant attendue. » Les maladies que les religieuses sont appelées à traiter proviennent, pour la plupart, de l’insalubrité engendrée par la pauvreté et les conditions d’hygiènes sanitaires toujours rudimentaires dans ce pays : « Ce matin encore est venu un homme qui a été mordu par un chien il y a quatre ans et la plaie n’a jamais guéri. » On consulte parfois pour des problèmes plutôt inusités : « Un petit garçon s’était coupé un doigt, la pauvre mère a apporté le bout du doigt dans un morceau de papier, me suppliant de le recoller. Il y en a qui ont mal aux yeux et me demandent de leur tâter le pouls pour leur dire s’ils ont beaucoup de mal. » La reconnaissance des patients, guéris de leurs blessures ou soulagés de leurs maux, semble parfois démesurée considérant le dénuement général de ces pauvres gens. Cette gratitude prend habituellement la forme d’une victuaille abondante, (melons d’eau, bœuf cuit, œufs ou galettes de sarrasin etc.) qu’il est impossible de refuser sans leur porter offense.

La mission continue son œuvre quotidienne, ponctuée de petites joies et de fêtes occasionnelles. Le nouvel an chinois demeure l’événement le plus festif de l’année, comme en témoigne Sœur Marie-Lucienne-de-Jésus : « Toute la journée nous avons reçu des saluts, c’est la règle de donner en échange une poignée de noix. C’est drôle de voir des hommes de 40 ans ou 80 ans, étendre leur robe pour recevoir quelques noix. Les fêtes du jour de l’an durent huit jours chez les chrétiens et 15 jours chez les païens. Pendant ce temps toutes les auberges sont gratuites. Même on peut loger chez n’importe quel particulier, tous sont obligés de bien recevoir leurs hôtes et ils ne peuvent pas réclamer un sou. Pendant ces quinze jours on ne peut pas non plus se chicaner. C’est une réconciliation générale, quitte à se reprendre après. ».
Cependant, les tensions politiques constituent toujours une menace pour les étrangers. Dans une lettre datée du 26 avril 1905, sœur Marie-Lucienne apporte certaines précisions relativement aux persécutions dont sont toujours victimes les catholiques, en Chine. Malgré une conclusion se voulant rassurante, on devine une certaine tension derrière les propos de cette missive : « Je ne vous écrit qu’une petite lettre pour vous mettre au courant des événements afin que s’il arrive quelque chose vous soyez prévenus. En ce moment on ne parle que persécutions ici, tous les chrétiens sont consternés et on nous conseille de fuir. Il parait qu’il y a des boxers (nom attribué aux révoltés chinois) à quelques jours d’ici, qu’ils s’assemblent toutes les nuits pour apprendre à tuer les autres sans être tuer, eux. Ils disent, paraît-il, que cette année ils commenceront par ici parce qu’il y a des Européens. On dit encore qu’on nous enveloppera d’étoffe et d’huile de lin pour nous faire brûler à petit feu. Que nous n’attendons que les ordres de monseigneur pour aller nous cacher. Cependant, tout ça n’est que bruit et paroles ; en réalité, il n’y a encore rien eu. » Le massacre de sept Franciscaines, survenu au même endroit cinq ans auparavant, demeure bien présent dans les mémoires. Il est cependant difficile de croire que la lettre de sœur Marie-Lucienne soit parvenue à apaiser les craintes légitimes de sa famille qui s’inquiète pour sa sécurité. Son témoignage laisse néanmoins entendre que si la foi demeure la plus forte, celle-ci n’exclue pas la peur. La rebellions n’est pas le seul fléau à jeter de l’ombre sur la mission des Franciscaines. Lors de la prochaine publication, nous verrons à quel point les maladies infectieuses représentent, à la fois une terrible épreuve et un défi énorme à relever de la part des missionnaires.

Prochain texte le 31 mai prochain : Maladies et révolution

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Référence : Fonds Antoinette Élie (Sœur Marie-Lucienne-de-Jésus), F373/A1/1

Photo : Pagode chinoise F373-B. Les martyres de Chine Franciscaines Missionnaires de Marie-F373 annexe. Tour d'Horizon Franciscaines Missionnaires de Marie page 28-F373 annexe.

LES PATRIOTES DE LA RÉGION DE NICOLET-YAMASKA« Comme magistrats et conservateurs de la paix de Sa Majesté, nous croyons ...
05/19/2026

LES PATRIOTES DE LA RÉGION DE NICOLET-YAMASKA

« Comme magistrats et conservateurs de la paix de Sa Majesté, nous croyons qu’il est de notre devoir de vous avertir personnellement des dangers que vous courrez en vous laissant abuser plus longtemps si vous continuez une lutte aussi parricide qu’inégale. Nous exhortons non seulement de vous abstenir de toute démarche violente, mais à rentrer paisiblement dans vos foyers. C’est en vous confiant à la protection de la Loi Britannique que vous parviendrez à ramener la paix et la prospérité dans votre patrie. » Cet avis public est émis par les magistrats du district de Trois-Rivières, le 25 novembre 1837, deux jours après la victoire des Patriotes sur les troupes britanniques, à Saint-Denis-sur-Richelieu.
La région du Richelieu demeure le théâtre des plus importants affrontements de 1837. Voilà pourquoi, les principales cérémonies commémoratives annuelles se déroulent surtout dans les municipalités de Saint-Denis ou Saint-Charles en Montérégie. Toutefois, on ignore souvent que plusieurs patriotes furent très actifs dans la région de Nicolet-Yamaska. Plusieurs citoyens de Saint-François-du-Lac, Saint-Michel-de-Yamaska et de Nicolet, demeurés fidèles aux autorités en place, signent des affidavits visant à dénoncer des individus suspectés d’insurrection. C’est ainsi qu’à Nicolet, Jean-Baptiste Hébert, Jean-Baptiste Proulx membre du parlement, et le docteur Joseph-Ovide Rousseau comparaissent devant un comité pour répondre aux accusations de sédition portées contre eux, cela, après qu’on les ait entendu prononcer des discours patriotiques sur les perrons d’église. Selon les archives : « Les répondants refusent de répondre »
Mais qui sont-ils au juste ces agitateurs avérés? Jean-Baptiste Hébert, dont le père acadien est venu s’installer à Godefroy (Bécancour) après la grande déportation, exerce le métier de maître-charpentier tout en maintenant, en parallèle, une carrière militaire et politique. Hébert réalise plusieurs édifices institutionnels dont, entre autres, le séminaire de Nicolet. Il se fait élire député de Buckingham (qui occupait quasiment tout le territoire du sud du Québec, jusqu’aux frontières américaines) en 1808 et de Nicolet en 1835. Sa participation à la rébellion et ses activités révolutionnaires lui valent d’être emprisonné un mois, en février 1838. La suspension de la constitution en mars de la même année met un terme définitif à sa carrière de député. Délaissant la politique, il se consacre entièrement à son métier, par la suite.

Jean-Baptiste Proulx est un agriculteur prospère, un député, un patriote convaincu et reconnu pour son franc-parler. À l’instar de son beau-frère Jean-Baptiste Hébert, il se fait élire député de Buckingham en 1820. Il défend alors les idées de Papineau qui réclame plus de pouvoir pour les députés. Il profite aussi de sa notoriété pour prendre publiquement la parole en faveur des Patriotes. Ses discours aspirent surtout à dénoncer la tyrannie du gouvernement anglais et inciter le peuple à déloger ces dirigeants qui refusent tout pouvoir législatif aux députés du Bas-Canada. Suite à sa dénonciation, il est arrêté et emprisonné à la prison du Pied-Du-Courant à Montréal. Il est libéré à la fin du mois de février 1838 et retourne exploiter sa terre qu’il fera prospérer.

Joseph-Ovide Rousseau, médecin pratiquant à Nicolet, est un habile orateur qui harangue les foules sur les perrons d’église. Ce qui lui vaut d’être incarcéré, lui aussi, à Montréal. Après un mois d’emprisonnement, on le condamne à la pendaison, puis à la déportation aux Bermudes, avant d’être amnistié. La rébellion matée, il devient le premier maire de la corporation municipale de Nicolet en 1855. Notons que l’écrivain Louis Caron reconnaît s’être inspiré à la fois de J-B Hébert et J-B Proulx pour créer son personnage de Hyacinthe Bellerose pour son roman « Les Fils de la liberté ».
La rébellion de 1837-38 a inspiré le roman de Jules Verne « Famille sans nom » et la chanson « Un Canadien errant » d’Antoine Gérin-Lajoie, étudiant au séminaire de Nicolet. Refrain repris par plusieurs interprètes, dont Nana Mouskouri et Léonard Cohen, pour citer les plus célèbres. À noter aussi que le calvaire en plein cœur de Yamaska a été érigé par Dominique Charland, patriote et navigateur emprisonné à Trois-Rivières pour sa participation active à la bataille de Saint-Denis, suite à une promesse formulée conditionnellement à sa libération.
Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Fonds Louis Caron F340, boîte 9.
Photos : Jean-Baptiste Hébert-F085-P3182. Jean-Baptiste Proulx, l’Opinion publique 13 septembre 1877. Yamaska scène de rue, calvaire- Philias Coulombe vers 1925.

UNE MISSION DANGEREUSE (1er DE TROIS TEXTES CONCERNANT ANTOINETTE ÉLIE, RELIGIEUSE EN CHINE AU DÉBUT DU VINGTIÈME SIÈCLE...
05/17/2026

UNE MISSION DANGEREUSE (1er DE TROIS TEXTES CONCERNANT ANTOINETTE ÉLIE, RELIGIEUSE EN CHINE AU DÉBUT DU VINGTIÈME SIÈCLE)
C’est de Rome, le 14 janvier 1904, que la jeune novice de 24 ans annonce à ses parents : « Je partirai pour la Chine. Il s’agit d’une grande grâce. Nous partons toutes heureuses d’avoir été choisies par le Bon Dieu pour aller travailler à sa gloire dans ces pays infidèles » Elle s’embarque le 19 mars 1904 à Naples et arrive en Chine le 14 mai suivant, après une traversée mouvementée, sur une mer souvent déchaînée. Or, le périple ne s’arrête pas là. Il faut se rendre jusqu’à la province du Shanxi, trajet d’une durée de trois semaines nécessitant divers moyens de transports : «15 heures de bateau, en chemin de fer jusqu’un peu plus loin de Pékin et ensuite une sorte de chaise portée par deux Chinois pendant 8 jours ». C’est avec une certaine dose de dérision et de résignation qu’elle décrit l’insalubrité qu’elle constate tout au long de son voyage. Sa description sarcastique du type d’hôtel où elle loge durant son trajet, témoigne néanmoins du choc des civilisations à laquelle elle est confrontée : « Ce n’est pas tout à fait le Windsor. La tapisserie est toujours plus ou moins déchirée, s’il y en a. Au milieu, une petite table noire qui n’a peut-être jamais vu de savon, un bout de banc, ou une vieille chaise cassée. Voilà l’auberge chinoise si vous ajoutez des mouches, des puces et quelques fois des poux. » De plus, les religieuses frôlent la mort en cours de route, alors qu’une dispute éclate entre des militaires exigeant des excuses quelconques de la part des porteurs de chaise qui refusent de se soumettre. Des fusils sont braqués sur les sœurs durant de longues minutes. Elles échappent miraculeusement à la mort, alors que les porteurs parviennent enfin à raisonner leurs assaillants.
Prendre la relève d’une mission qui fût le théâtre d’un indicible massacre exige une foi et un courage exemplaires. D’autant plus que les Franciscaines apprennent, de la bouche même des survivantes, les détails sanglants de la tuerie du 9 juillet 1900 survenue à la mission et qui a coûté la vie à sept religieuses. Les missionnaires connaissent très bien les dangers auxquels les expose leur dévouement : « Priez que nous restions fidèles si la persécution venait de nouveau à éclater. » Onze sœurs pour s’occuper de 330 orphelines, sans compter la vingtaine de bébés qu’elles accueillent, soignent ou inhument tous les jours, le travail est colossal. Les jeunes filles recueillies par les Franciscaines sont pour la plupart des fillettes abandonnées par leur famille. Bien avant le mouvement féministe, sœur Marie-Lucienne ne peut que s’interroger sur le traitement réservé aux jeunes Chinoises. La coutume des « petits pieds » la trouble particulièrement : « C’est un bandage très serré qui à la longue fait mourir le pied ; à l’âge de 6 ou 7 ans on les bande d’abord légèrement, et plus serré à mesure qu’elles grandissent. C’est un morceau de chaire sans aucune forme, on ne distingue même pas les orteils qui sont rentrées les unes dans les autres. Elles doivent gesticuler continuellement pour tenir l’équilibre et pouvoir tenir debout. Nos orphelines aussi ont le petit pied autrement nous ne pourrions pas les marier. Vraiment la femme chinoise est esclave, mais les pauvres païennes endurent leur mal. » Après les affres du voyage, c’est désormais le quotidien d’une mission catholique au cœur d’une Chine perturbée socialement et politiquement que décrit Marie-Lucienne-de-Jésus dans sa correspondance dont nous publierons le second résumé le 24 mai prochain.
Texte : Serge Rousseau, pour les CAR Séminaire de Nicolet
Référence : Fonds Antoinette Élie (Sœur Marie-Lucienne-de-Jésus), F373/A1/1
Photos : L’Annunziata à Rome, F373-B. Lettre du 14 janvier 1904 pages 1et 2, lettre du 29 juillet 1905 pages 1,2,3 et 4, F373-A1-1

ANTOINETTE ÉLIE NATIVE DE BAIE-DU-FEBVRE : MISSIONNAIRE EN CHINE AU DÉBUT DU 20e SIÈCLENous entamons cette semaine la pu...
05/10/2026

ANTOINETTE ÉLIE NATIVE DE BAIE-DU-FEBVRE : MISSIONNAIRE EN CHINE AU DÉBUT DU 20e SIÈCLE
Nous entamons cette semaine la publication d’une série de résumés de textes diffusés antérieurement sur notre site internet et notre page facebook où ils peuvent être consultés intégralement. Nous débutons par une présentation du personnage suivie de trois articles à venir résumant la correspondance d’Antoinette Élie lors de son séjour en Chine à titre de religieuse missionnaire au début du vingtième siècle. Ces textes furent publiés le 19 mars, 25 mars et 8 avril 2021.

En choisissant d’entrer chez les Franciscaines Missionnaires de Marie à Québec, le 2 mars 1902, Antoinette Élie ne se doute probablement pas du destin exceptionnel que lui réserve sa soudaine vocation. Fille de Joseph Élie et de Héloïse Bélisle, Antoinette Élie naît à Baie-du-Febvre le 18 avril 1880. Dès la seconde année de son noviciat, celle que l’on nomme désormais Marie-Lucienne-de-Jésus est appelée à Rome par la fondatrice de sa congrégation. Elle quitte la ville Sainte en mars 1904 pour se rendre à la mission de Taiyuanfu, en Chine où sept religieuses ont été massacrées quatre ans plus tôt par des rebelles opposés à l’impérialisme étranger. Elle prononce ses vœux en 1905, au sein de cette mission où elle œuvrera durant 15 ans.

Le fonds Antoinette Élie, conservé au CAR Séminaire de Nicolet, est composé en grande partie de la correspondance provenant des quinze années durant lesquelles elle demeura en Chine à titre de missionnaire. Rédigées avec grâce et concision, ces lettres témoignent du courage exceptionnel et de l’abnégation de ces jeunes femmes qu'on envoie évangéliser une population issue d’une civilisation millénaire, aux coutumes ancestrales, souvent hostile aux étrangers.

Premier texte à paraître le 17 mai: Une mission dangereuse.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Référence : Fonds Antoinette Élie (Sœur Marie-Lucienne-de-Jésus), F373/A1/1
Photo : Antoinette Élie (Sœur Marie-Lucienne-de-Jésus) F373-B

FAUSSE ANECDOTE D’ARCHIVESVoici une petite anecdote datant de l’époque où les locaux du CAR Séminaire de Nicolet logeaie...
05/07/2026

FAUSSE ANECDOTE D’ARCHIVES
Voici une petite anecdote datant de l’époque où les locaux du CAR Séminaire de Nicolet logeaient au soubassement du Musée des Religions. Une partie de la clientèle du musée profitait alors de cette promiscuité pour visiter le Centre d’Archives. Ces visiteurs se voyaient régulièrement accueillis par l’ancien supérieur du séminaire, Denis Fréchette, qui leur servait de guide. Ce dernier se révélait intarissable sur l’historique du séminaire dont il possédait une excellente maîtrise. Toutefois, cela ne l’empêchait pas d’agrémenter parfois ses récits d’une touche imaginaire. C’est ainsi qu’il berna bon nombre de gens avec une fausse anecdote récurrente, et plutôt inoffensive, relative à la mort de Mgr Signay.
Mgr Signay fût archevêque de Québec de 1833 à 1850. À l’instar de ses prédécesseurs, Mgrs Plessis et Panet, il demeura jusqu’à sa mort le grand protecteur du Séminaire de Nicolet, auquel il légua même une partie de ses biens : « son dernier acte fut pour sa maison de prédilection, sa dernière pensée fut pour elle, et pour elle aussi sa dernière joie, en apprenant qu’une nouvelle ère de prospérité allait lui sourire. » Vers dix heures, le 1er octobre 1850, Mgr Signay s’installa à son bureau de Québec afin de rédiger une lettre à l’abbé Thomas Caron. Il tenait à manifester au directeur du séminaire de Nicolet sa grande satisfaction d’apprendre que l’institution scolaire renouait enfin avec une certaine prospérité après une période financièrement difficile : « Je remercie le seigneur d’avoir répondu à mes désirs et à mes souhaits. L’on conçoit de nouvelles espérances et l’on compte voir tomber toutes les appréhensions inquiétantes que des langues trop hardies et trop ignorantes des choses faisaient naître. La visite que le coadjuteur espère faire au séminaire dans le mois prochain et ce qui aura lieu d’ici à cette époque… » Il fût alors interrompu au milieu de cette phrase par l’arrivée d’un prêtre avec lequel il conversa quelques instants avant d’être soudainement frappé de paralysie. Son état se détériora par la suite et il mourut deux jours plus t**d, le 3 octobre 1850.
C’est à partir de cet événement avéré que l’abbé Fréchette concocta une anecdote impliquant le bureau de l’archevêque conservé aux archives, le testament de l’ecclésiastique et l’ultime lettre rédigée par Mgr Signay. Devant les visiteurs fascinés, il ouvrait le tiroir du bureau où se trouvait une copie du testament et prétendait qu’il s’agissait de l’original demeuré là depuis ce jour fatidique de 1850, alors que le véritable document reposait tranquillement parmi les archives depuis longtemps...
Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Fonds Thomas Caron F132/C3/1. Collection J.O. Signay C184/A1/1. Histoire du Séminaire de Nicolet tome I, J.-A.- Ir. Douville, librairie Beauchemin , Montréal 1903.
Photos : Lettre enveloppe de Joseph Signay au directeur du Séminaire de Nicolet, Joseph Onésime Leprohon, 4 mai 1839, C184-A1-1. Testament partiel de Joseph Signay, 4 mai 1839, C184-A1-1. Correspondance Thomas Caron à Mgr Signay F132-C3-1.

ÉCHEC DES PROJETS DE LOI PRÉCONISANT L’ACCÈS DES FEMMES AU BARREAU« Une femme qui a subi avec succès ses examens en droi...
05/03/2026

ÉCHEC DES PROJETS DE LOI PRÉCONISANT L’ACCÈS DES FEMMES AU BARREAU
« Une femme qui a subi avec succès ses examens en droit à l’université McGill et qui montre des dispositions exceptionnelles pour cette profession, veut utiliser les dons qui lui ont été départis pour gagner sa vie et trouver dans l’exercice de son talent la sauvegarde de sa dignité, est-il permis de lui refuser l’appui de nos lois pour la protéger, ou, notre législation, oubliant sa fin, va-t-elle se prostituer en se mettant au service d’intérêts de classe et de monopole? » Voilà en quels termes Marie Lacoste-Gérin-Lajoie et Marie-Claire Daveluy, pionnières du droit des femmes au Québec, concluent leur lettre adressée à maître Arthur Trahan, bâtonnier du Barreau du district de Trois-Rivières, le 25 novembre 1916.
En 1916, le député libéral de Dorchester, Lucien Cannon, dépose devant l’Assemblée nationale deux projets de loi préconisant l’admission des femmes au Barreau du Québec. Marie Lacoste-Gérin-Lajoie offre un témoignage remarqué lors de l’étude de ces projets de loi. Elle affirme que l’apport essentiel des mères au foyer n’enlève nullement à la gente féminine le droit de plaider. Selon elle, certaines femmes se retrouvent dans l’obligation de travailler, et dans ce cas elles devraient pouvoir accéder aux carrières plus prestigieuses et mieux rémunérées.

Le débat est lancé, mais les projets de loi rencontrent leur lot de détracteurs. Le journal l’Action catholique évoque un bouleversement de l’ordre social et des responsabilités professionnelles incompatibles avec le devoir maternel. De plus : « Les femmes exerçant le droit pourraient chercher à troubler l’esprit des magistrats ou des jurés avec leur charme et leur pouvoir de séduction. » Le clergé affirme que les Québécoises n’ont nul besoin de ce nouveau droit, puisqu’elles peuvent faire valoir leurs intérêts par l’entremise de leur couple. Or, c’est plutôt la crainte des hommes de se voir concurrencés dans ce domaine qui empêche l’adoption des projets de loi par une seule voix de majorité, soit 22 contre 21 pour le premier bill et 34 contre 33 pour le second. Suite à cet échec, le Barreau crée en 1917 un nouveau règlement qui stipule : « Nul ne peut être admis à l’étude du droit à moins d’être un sujet britannique et de sexe masculin.» L’amendement de ce règlement deviendra une préoccupation constante pour les féministes.

Le rejet par une seule voix, dont celle du bâtonnier du district de Trois-Rivières, des deux projets de loi, explique la lettre d’indignation que Marie Lacoste-Gérin-Lajoie et Marie-Claire Daveluy font parvenir à Arthur Trahan, en 1916. Ces dames manifestent particulièrement leur frustration au cours du second paragraphe de leur missive : « Tout privilège établi au profit d’une catégorie de personnes au détriment d’une autre blesse nos sentiments d’équité et devient même odieux s’il se transforme en instrument d’oppression et de persécution du fort contre le faible. »
Texte Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Référence : Fonds Arthur Trahan F032 /E4/2
Photos : Arthur Trahan, carte mortuaire, R. Gravel 1950, F085-P4961. Correspondance député provincial-député fédéral, F032-E4-2

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