10/22/2026
LE RÉGIMENT DES VOLTIGEURS ET LES ORIGINES DE DRUMMONDVILLE
« Ce nom Drummondville, mi-français, mi-anglais, reflète bien la dualité ethnique des fondateurs et leur estime mutuelle." Cette phrase résume à elle seule les origines biculturelles de Drummondville au moment de sa création, le 29 juin 1815. La fondation de cette municipalité est étroitement liée à la fin de la guerre canado-américaine de 1812, au cours de laquelle le régiment des Voltigeurs se distingue honorablement. Constituée en tant qu’unité temporaire au sein de l’armée Britannique, cette cohorte, malgré des effectifs inférieurs, se démarque par d’importantes victoires remportées sur des troupes américaines supérieures en nombre. Deux soldats, s’étant particulièrement distingués au sein de ce bataillon, Frederick George Heriot et Jacques Adhemar sont appelés à jouer un rôle primordial dans la colonisation du nouveau territoire.
Au mois de décembre 1814, la fin du conflit est imminente. Il faut envisager l’avenir des nombreux soldats qui seront bientôt démobilisés. Les autorités songent à les établir sur des terres en friche. « Le gouverneur Prévost recommandait le 18 mars 1815 pour les futurs colons, les rives de la Saint-François. » On requiert alors les services de Pierre de Boucherville : « pour prendre charge de cette entreprise de colonisation par des soldats licenciés. » Or, ce dernier est démis de sa fonction un mois plus t**d. Il est remplacé dès le mois d’avril suivant par Sir Gordon Drummond fraîchement nommé administrateur des affaires civiles du Haut et Bas-Canada. Devant l’ampleur de la tâche à accomplir, Drummond nomme le major Heriot à titre de surintendant général de la colonisation pour le Bas-Canada. Un défi énorme relevé avec brio par cet écossais d’origine qui a combattu côte à côte auprès des Canadiens-Français au sein du régiment des Voltigeurs. Dépêché dans la région, Heriot parcours les cantons de Grantham, Wickham et Melbourne : « Il exposa au gouverneur qu’une énorme partie du territoire en question étant déjà concédée, il serait presque impossible de former une colonie compacte. » Cependant, selon l’arpenteur Joseph Bouchette, le canton de Wendover, presque entièrement inoccupé, offre de belles opportunités d’établissement près de la rivière Saint-François.
Le 4 juin 1815, le gouverneur Drummond enjoint Heriot de se rendre à l’endroit indiqué. Ce dernier voit, dans un premier temps, aux préparatifs nécessaires afin d’accueillir les nouveaux colons. Dans le but d’attirer le plus grand nombre possible, on alloue 100 âcres de terre à chaque soldat désireux de s’établir. On lui garantit aussi l’approvisionnement en vivres pour un an, de même que l’outillage nécessaire au défrichement de son lot. D’autre part, les éventuels colons s’engagent : « à résider trois ans sur sa concession et en défricher et en cultiver une partie raisonnable avant de pouvoir l’aliéner. » Le major Heriot s’appuie sur d’importants collaborateurs pour mener à bien sa mission, tels Pierre de Boucherville, dont il fait son assistant, ainsi que Jacques Adhemar pionnier inlassable de la première heure. Malgré une température estivale désastreuse, la colonisation va de l’avant. En octobre 1815, le gouverneur Drummond se rend sur place pour constater les progrès de la colonie. Dans une lettre datée du 30 octobre, il affirme à lord Bathurst : « que le village nouveau de Drummondville répond pleinement aux espérances du gouvernement de Sa Majesté. » Dès le mois d’août 1816, la petite colonie compte déjà plus de vingt maisons bordant les rues Heriot et Sydney nouvellement tracées. Environ 500 personnes habitent alors la région. Un moulin à scie de même qu’un moulin à farine voient le jour sur la rivière Prévost (rivière noire), un chemin entre Sorel et Drummondville est percé à travers bois et deux églises, l’une catholique et l’autre protestante se dresseront bientôt sur les rives de la Saint-François.
Inondations, noyades, intempéries et sécheresses, voilà autant de fléaux qui affligent les colons. En juin 1826, un terrible incendie ravage Drummondville. Seuls une maison, deux hôtels et les deux églises résistent aux flammes. Les citoyens ne se laissent pas abattre et se retroussent les manches pour permettre à la ville de renaître de ses cendres.
Texte : Serge Rousseau
Références : Fonds Société d’histoire régionale de Nicolet, F238/ E12/26
Photo: Général Frederick George Heriot -reproduction vers 1965 F039-C5-13-2, Tombeau du général Frederick George Heriot vers 1920 - reproduction laser F042-E17-15