Centre d'Archives Régionales Séminaire de Nicolet

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LE RÉGIMENT DES VOLTIGEURS ET LES ORIGINES DE DRUMMONDVILLE« Ce nom Drummondville, mi-français, mi-anglais, reflète bien...
10/22/2026

LE RÉGIMENT DES VOLTIGEURS ET LES ORIGINES DE DRUMMONDVILLE
« Ce nom Drummondville, mi-français, mi-anglais, reflète bien la dualité ethnique des fondateurs et leur estime mutuelle." Cette phrase résume à elle seule les origines biculturelles de Drummondville au moment de sa création, le 29 juin 1815. La fondation de cette municipalité est étroitement liée à la fin de la guerre canado-américaine de 1812, au cours de laquelle le régiment des Voltigeurs se distingue honorablement. Constituée en tant qu’unité temporaire au sein de l’armée Britannique, cette cohorte, malgré des effectifs inférieurs, se démarque par d’importantes victoires remportées sur des troupes américaines supérieures en nombre. Deux soldats, s’étant particulièrement distingués au sein de ce bataillon, Frederick George Heriot et Jacques Adhemar sont appelés à jouer un rôle primordial dans la colonisation du nouveau territoire.

Au mois de décembre 1814, la fin du conflit est imminente. Il faut envisager l’avenir des nombreux soldats qui seront bientôt démobilisés. Les autorités songent à les établir sur des terres en friche. « Le gouverneur Prévost recommandait le 18 mars 1815 pour les futurs colons, les rives de la Saint-François. » On requiert alors les services de Pierre de Boucherville : « pour prendre charge de cette entreprise de colonisation par des soldats licenciés. » Or, ce dernier est démis de sa fonction un mois plus t**d. Il est remplacé dès le mois d’avril suivant par Sir Gordon Drummond fraîchement nommé administrateur des affaires civiles du Haut et Bas-Canada. Devant l’ampleur de la tâche à accomplir, Drummond nomme le major Heriot à titre de surintendant général de la colonisation pour le Bas-Canada. Un défi énorme relevé avec brio par cet écossais d’origine qui a combattu côte à côte auprès des Canadiens-Français au sein du régiment des Voltigeurs. Dépêché dans la région, Heriot parcours les cantons de Grantham, Wickham et Melbourne : « Il exposa au gouverneur qu’une énorme partie du territoire en question étant déjà concédée, il serait presque impossible de former une colonie compacte. » Cependant, selon l’arpenteur Joseph Bouchette, le canton de Wendover, presque entièrement inoccupé, offre de belles opportunités d’établissement près de la rivière Saint-François.

Le 4 juin 1815, le gouverneur Drummond enjoint Heriot de se rendre à l’endroit indiqué. Ce dernier voit, dans un premier temps, aux préparatifs nécessaires afin d’accueillir les nouveaux colons. Dans le but d’attirer le plus grand nombre possible, on alloue 100 âcres de terre à chaque soldat désireux de s’établir. On lui garantit aussi l’approvisionnement en vivres pour un an, de même que l’outillage nécessaire au défrichement de son lot. D’autre part, les éventuels colons s’engagent : « à résider trois ans sur sa concession et en défricher et en cultiver une partie raisonnable avant de pouvoir l’aliéner. » Le major Heriot s’appuie sur d’importants collaborateurs pour mener à bien sa mission, tels Pierre de Boucherville, dont il fait son assistant, ainsi que Jacques Adhemar pionnier inlassable de la première heure. Malgré une température estivale désastreuse, la colonisation va de l’avant. En octobre 1815, le gouverneur Drummond se rend sur place pour constater les progrès de la colonie. Dans une lettre datée du 30 octobre, il affirme à lord Bathurst : « que le village nouveau de Drummondville répond pleinement aux espérances du gouvernement de Sa Majesté. » Dès le mois d’août 1816, la petite colonie compte déjà plus de vingt maisons bordant les rues Heriot et Sydney nouvellement tracées. Environ 500 personnes habitent alors la région. Un moulin à scie de même qu’un moulin à farine voient le jour sur la rivière Prévost (rivière noire), un chemin entre Sorel et Drummondville est percé à travers bois et deux églises, l’une catholique et l’autre protestante se dresseront bientôt sur les rives de la Saint-François.

Inondations, noyades, intempéries et sécheresses, voilà autant de fléaux qui affligent les colons. En juin 1826, un terrible incendie ravage Drummondville. Seuls une maison, deux hôtels et les deux églises résistent aux flammes. Les citoyens ne se laissent pas abattre et se retroussent les manches pour permettre à la ville de renaître de ses cendres.

Texte : Serge Rousseau

Références : Fonds Société d’histoire régionale de Nicolet, F238/ E12/26
Photo: Général Frederick George Heriot -reproduction vers 1965 F039-C5-13-2, Tombeau du général Frederick George Heriot vers 1920 - reproduction laser F042-E17-15

HERVÉ SIMONEAU PIONNIER DE L’AVIATION NATIF DE SAINT-ZÉPHIRINNé à Saint-Zephirin-de-Courval le 3 avril 1903, Hervé Simon...
10/15/2026

HERVÉ SIMONEAU PIONNIER DE L’AVIATION NATIF DE SAINT-ZÉPHIRIN
Né à Saint-Zephirin-de-Courval le 3 avril 1903, Hervé Simoneau devient le premier Canadien-français à obtenir un brevet d’aviateur. Ce pionnier de l’aviation, fierté de la région, fait ses études au collège des Frères des écoles chrétiennes à Baie-du-Febvre. En juillet 1928, il accepte de participer au conventum commémorant le cinquantième anniversaire de son alma mater. C’est à bord de son appareil qu’il fait son apparition dans le ciel de la paroisse où réside désormais sa famille. La contribution de l’aviateur aux festivités ne se limite pas à des démonstrations de haute voltige, il offre aussi à plusieurs de ses plus hardis concitoyens la possibilité de faire un tour dans les airs. Sa présence demeure sans contredit l’un des faits saillants des festivités du cinquantième.

En 1930, Hervé Simoneau devient pilote pour la toute nouvelle compagnie Canadian Airways dont le transport postal aérien représente la principale activité. Le 18 mars de cette même année, à neuf heures du matin, Simoneau et un dénommé Robinson, radiotélégraphiste, s’envolent de Toronto à bord d’un aéroplane Travelair. Ces derniers doivent livrer une cargaison de courrier à Montréal. Or, le vol se déroule très mal. Le mauvais temps les force à atterrir à Napanee, petite municipalité à une quarantaine de kilomètres de Kingston. Suite à une accalmie, l’équipage poursuit sa route vers sa destination avant de s’écraser, peu avant midi, à Long Lake tout près du village de Parham à une heure au nord de Kingston : « L’avion était à demi submergé sous la glace lorsqu’on le trouva et les victimes emprisonnées sous les débris, mortes. »

Les funérailles de Hervé Simoneau ont lieu à l’église de Baie-du-Febvre en présence de sa famille éplorée. Lors de la mise en terre, le cortège est précédé de six aviateurs, représentant les différentes compagnies aériennes pour lesquelles a piloté le défunt, désireux de rendre un dernier témoignage d’estime à leur regretté camarade. Depuis 2019, une rue de la ville de Gatineau porte le nom de Hervé Simoneau pour honorer la mémoire de ce pionnier de l’aviation décédé en devoir à l’âge de 26 ans.
Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références: La Presse 19 mars 1930. L’Union des Cantons de l’Est 12 juillet 1928, 3 avril 1930. Le Droit 11 décembre 2019.

Photo : Hervé Simoneau, F061/A1/4/134

L’IMMIGRATION IRLANDAISE DANS LA RÉGION DE NICOLETAu 19e siècle, l’Irlande connaît des moments difficiles qui la prive d...
10/12/2026

L’IMMIGRATION IRLANDAISE DANS LA RÉGION DE NICOLET
Au 19e siècle, l’Irlande connaît des moments difficiles qui la prive d’une bonne partie de sa population. Les années 1847-48 sont marquantes dans l’histoire de ce pays, ainsi que pour le développement culturel et sociale de la province de Québec. Une maladie dévastatrice affecte la culture principale de l’Irlande: la pomme de terre. Celle-ci prend une ampleur catastrophique et contraint une bonne partie de la population à s’exiler en Amérique, notamment aux États-Unis et au Canada.
L’immigration irlandaise au Canada remonte toutefois à plus d’un siècle avant la conquête. Celle-ci prend sa source au sein de l’armée du roi de France auquel bon nombre de soldats irlandais prête allégeance. Ces militaires servent autant sur le vieux continent qu’en Nouvelle-France, où ils forment souvent des régiments distincts. À la fin des années 1600, on estime que 130 des 2 500 familles installées en Nouvelle-France sont composées d’Irlandais. Ce qui équivaut à 5 % de la population totale. Lors de la cessation de la colonie à l’Angleterre, une clause de l’acte de reddition prévoit d’accorder l’amnistie à tous ceux qui ont combattu les armées anglaises, à l’exception des Irlandais. En 1759, le gouverneur Vaudreuil se voit alors confié une compagnie de prisonniers irlandais ayant combattu les troupes britanniques pour le compte du roi de France. Afin de leur épargner d’inévitables représailles de la part des Anglais, le sieur de Vaudreuil ordonne le renvoi de ces combattants en France. Les Irlandais qui choisissent de demeurer au pays, se voient contraints de franciser leur patronyme afin d’échapper à la vengeance des conquérants. C’est ainsi que le docteur Timothy O’Sullivan, l'époux en seconde noce de la mère de Marguerite d’Youville, fondatrice des Sœurs grises, prend le nom de Timothy Sylvain, ou que le patronyme O’Brien se transforme en Aubry et ainsi de suite...

Dès 1820, Mgr Plessis, évêque de Québec, sollicite les familles aisées de son diocèse pour qu’elles adoptent des orphelins irlandais. Cet appel à la solidarité se fait de plus en plus pressant au détour des années 1830, alors qu’une épidémie de typhus ravage l’Europe. Mais les sombres années 1847-48 demeurent celles de la grande migration, alors que la maladie fauche au-delà de 7000 vies en mer et plus de 5000 autres au cours de la quarantaine imposée sur le site de Grosse Île, en face de Montmagny. La période de confinement obligatoire terminée, les survivants, majoritairement des orphelins, se voient dirigés vers la ville de Québec. Il faut alors trouver des foyers désireux de les accueillir. L’abbé Thomas Caron, directeur des élèves au séminaire de Nicolet, se rend à la Grosse-Île pour ramener de jeunes irlandais et voir personnellement à leur adoption par des familles de la région. Ainsi, plusieurs de ces irlandais, dont nous retrouvons encore aujourd’hui de nombreux descendants, quittent la Grosse-île pour leur nouvelle terre d’accueil: Nicolet. Un second flux d’immigrants provient des Canton de l’Est. Ces expatriés arrivent par la diligence qui effectue le trajet de Sherbrooke jusqu’au Port-Saint-François, en passant par Richmond, Melbourne et Saint-Zéphirin.

Entre 1832 à 1848, on estime à près d’un million le nombre d’Irlandais qui arrivent aux ports de Montréal et de Québec. Dispersés à travers la province, ceux-ci contribuent largement à l’essor de la société québécoise. Dans la région de Nicolet, les Dolan, McMahon, McNeil, O’Brien, entre autres, sont les dignes descendants de ce peuple résilient et fier.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Société d’histoire régionale de Nicolet F238/E12/4

Photo : Thomas Caron aux environs de 1845, Fonds Moïse-George Proulx, F002/018/219

LES SŒURS GRISES: DE LEUR ORIGINE  À LA FONDATION DE L’HÔTEL-DIEU DE NICOLETLors de son accession à l’épiscopat, Mgr Gra...
10/08/2026

LES SŒURS GRISES: DE LEUR ORIGINE À LA FONDATION DE L’HÔTEL-DIEU DE NICOLET
Lors de son accession à l’épiscopat, Mgr Gravel, premier évêque du diocèse de Nicolet, manifeste son désir d’ouvrir un Hôtel-Dieu pour le soin des pauvres, des malades, des vieillards et des orphelins. Il s’adresse alors à Mère Archambeault, supérieure générale des Sœurs de la Charité à Saint-Hyacinthe, pour lui faire part de son projet : « Envoyez-moi des sœurs qui reproduisent votre esprit et nous n’en demandons pas d’avantage. ». Sa requête acceptée, le 18 août 1886 la Mère Youville (Aurélie Crépeau) accompagnée de trois sœurs de sa congrégation arrivent à Nicolet. Ces religieuses dévouées poursuivent l’œuvre de leur fondatrice, Marguerite d’Youville, visant à venir en aide aux plus démunis de la société.

À l’âge de 21 ans, Marie-Marguerite Dufrost de Lajemmerais épouse François d’Youville: « tête légère et, au surplus, adonné à l’ivrognerie et au gaspillage. Marie-Marguerite est durement traitée par une belle-mère avare, en plus d'être laissée à ses propres ressources par un époux qui dévorait la fortune de la famille dans les divertissements. » Devenue veuve en 1730, Marguerite se consacre à l’éducation de ses deux fils, de même qu’aux pauvres de son entourage. En novembre 1837, elle accueille chez-elle une sexagénaire aveugle dont elle accepte de prendre soin. Le 31 décembre de cette même année, Mme d’Youville et trois autres bienfaitrices s’engagent à consacrer leur vie au service des pauvres. Ce moment marque la date de fondation des Sœurs de la Charité de Montréal, qu'on surnommera Sœurs Grises, à cause des pratiques commerciales douteuses que François D’Youville entretenait avec les Amérindiens alors qu’il troquait de la boisson pour de la fourrure : « Madame d’Youville et ses compagnes sont calomniées, accusées de continuer le trafic du défunt mari et de s’enivrer elles-mêmes, d’où le sobriquet de Sœurs Grises ». Ne pouvant se soustraire à ce surnom, Marguerite d’Youville l’accepte avec humilité.

En août 1886, ce sont quatre dignes représentantes de Marguerite d’Youville qui arrivent à Nicolet . Une maison de la rue Signay leur sert de première résidence. Les religieuses se mettent aussitôt à l’œuvre et exercent leur tâche dans la plus grande pauvreté. Les dons affluent rapidement et la nouvelle congrégation peut compter sur de généreux bienfaiteurs comme Mgr Douville, Évariste Lecomte et George Ball qui contribuent à adoucir leur mission. Dès le 1er janvier 1887, sept postulantes se préparent à devenir sœurs et dix personnes âgées résident dans le nouvel Hôtel-Dieu. En octobre 1889, les religieuses accèdent à un nouvel établissement plus spacieux ce qui leur permet d’ouvrir leur premier orphelinat dès le mois de novembre suivant. La mission prend son essor. L’œuvre de bienfaisance se développe au rythme du recrutement des vocations et l’institution se solidifie. Au fil des années, l’œuvre de Sœurs Grises se déploie à l’extérieur de Nicolet. Elles fondent l’hospice Sainte-Anne à Saint-Célestin en 1898, l’hôpital Sainte-Croix de Drummondville en 1912, l’hôpital de La Tuque, en 1929 et plusieurs autres établissements dans le grand nord et l’ouest canadien, de même qu’au Brésil.

La communauté est lourdement éprouvée en 1955, année néfaste pour Nicolet. Au mois de novembre, l’Hôtel-Dieu échappe de peu à l’éboulis qui engloutit l’école de frères et démolit la moitié de l’évêché. La bâtisse des Sœurs Grises est sauve, mais il faut néanmoins l’évacuer par précaution. Des travaux de réfection s’imposent avant le retour des bénéficiaires prévue aux alentours du temps des fêtes. Or, le 31 décembre 1955, à l’aube, un incendie détruit presque entièrement l’Hôtel-Dieu. Seule une section, construite en 1939, est miraculeusement épargnée par les flammes. Les religieuses pourront réintégrer celle-ci deux ans plus t**d. Cela, jusqu'à la fin des travaux de reconstruction de leur nouvelle bâtisse, inaugurée en 1960. La mission des Sœurs Grises se termine en 1997, alors que le foyer de Nicolet devient le Centre d’accueil Marguerite d’Youville et se transforme en CHSLD. L’École Nationale de Police du Québec en occupe les locaux jusqu’à le démolition complète du bâtiment en 2015.
Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Fonds Société d’Histoire Régionale de Nicolet F238/E12/13 Fonds Albertus Martin F277/M195 /3

Photos : Hôtel-Dieu vers 1950, Photo Henry Laliberté. Fonds Séminaire de Nicolet F085-P4425. Hôtel-Dieu en 1986, Fonds Denis Fréchette, F224-B1-4-9 Image pieuse de Marguerite D’Youville, Fonds Albertus Martin, F277-I111-1-94

FRANTZ JEHIN-PRUME : VIOLONISTE DE RENOMMÉE INTERNATIONALE À NICOLETAncien élève du séminaire de Nicolet, notre poète na...
10/01/2026

FRANTZ JEHIN-PRUME : VIOLONISTE DE RENOMMÉE INTERNATIONALE À NICOLET
Ancien élève du séminaire de Nicolet, notre poète national, Louis H. Fréchette, continue toute sa vie durant à fréquenter assidûment son alma mater et la ville épiscopale. Il réside même à Nicolet entre 1885 et 1888, où il rédige une partie de son œuvre maîtresse « La Légende d’un Peuple ». Sa notoriété attire dans la région nicolétaine plusieurs personnalités et artistes de réputation internationale comme le poète François Coppée et le violoniste du roi des Belges, Frantz Jehin Prume avec lequel Fréchette noue une solide amitié. Le musicien est d’ailleurs invité à quelques reprises à séjourner à Nicolet où, accueilli chaleureusement, il accepte d’offrir gracieusement quelques concerts.

Frantz Jehin-Prume est né en 1839 à Spa, en Belgique. Virtuose précoce, il est rapidement remarqué par la grande-duchesse Catherine de Russie et Léopold Ier, roi des Belges, pour lesquels il devient, tour à tour, le violoniste attitré. En mai 1865, il arrive à New York pour une série de spectacles avant d’entreprendre, le mois suivant, une tournée à travers le Québec et les provinces maritimes. Il s’installe à Montréal en mars 1866, où il épouse la célèbre cantatrice Rosita (Rosa) Del Vecchio avec laquelle il se produit dans l’est de l’Amérique du Nord, à Cuba et en Europe. À compter de 1877, il agit à titre de premier violon occasionnel pour l’orchestre de la Société philharmonique de Montréal, tout en présidant l’Académie de musique de Québec. Ce populaire musicien de réputation internationale est considéré par Louis Fréchette comme étant un « frère par l’art et frère par l’âme ». L’amitié qui se noue entre les deux hommes engendre une fructueuse collaboration artistique qui mènera à la création de nombreuses œuvres lyriques.

En mai 1886, Jehin-Prume accepte l’invitation de Louis Fréchette de venir séjourner toute une semaine à Nicolet. Présence appréciée qui suscite un reportage dans le journal Le Nicolétain. D’abord, l’Harmonie Sainte-Cécile du séminaire se fait un devoir de l’accueillir au débarcadère et de l’accompagner jusque chez son hôte. En soirée, Messieurs Fréchette et Jehin-Prume se déplacent au séminaire pour assister à la clôture du mois de Marie. Le violoniste en profite alors pour offrir une prestation musicale qui séduit tout l’auditoire : « C’est certainement la première fois que des harmonies et des accords si doux tirés du violon ont fait résonner la voûte de cette chapelle ». Le mardi suivant, Louis Fréchette ouvre le salon de sa demeure pour permettre à quelques citoyens privilégiés de Nicolet d’assister à un concert offert par le musicien. La soirée débute d’abord par un hommage musical rendu par la fanfare La Citoyenne qui vient pousser la sérénade sous les fenêtres de la résidence du poète. Ensuite, le violoniste se produit au salon où l’attendent impatiemment plusieurs auditeurs : «Quelle exécution! Quelle douceur! Quelle variété de jeu! Il faut l’avoir entendu pour pouvoir comprendre combien profondes sont les impressions qu’il peut nous faire éprouver. » Quelques jours plus t**d, la veille de son départ pour Ottawa, le violoniste se produit à nouveau à la chapelle du séminaire, puis le soir chez son ami Fréchette devant les prêtres qui n’avaient pas pu assister à la première soirée.

Parmi les autres prestations du célèbre musicien auprès du public nicolétain, on compte une collaboration musicale d’un vaudeville intitulé « Change pour change », demeuré longtemps inédit, que Louis Fréchette écrit uniquement pour les séminaristes de Nicolet. Notons aussi une performance offerte lors d’une séance académique tenue au séminaire de Nicolet à l’occasion du jubilé sacerdotal de Léon XIII. Voici un extrait du compte rendu qu’en fait Le Nicolétain dans son édition du 30 juin 1887: « Le violoniste du roi des Belges, que l’on peut appeler le roi des violonistes, a exécuté une Fantaisie sur Othello de Ernst avec une souplesse et un talent inimitables. Tout l’auditoire était ému et dans une profonde admiration ». Jehin-Prume se sent si bien accueilli par les Nicolétains qu’il n’hésite pas à inscrire son fils, Jules, au séminaire. Ce dernier exerce par la suite la médecine à New York, où, en 1926, il est élu président de la Commission pour le maintien de la langue et des traditions françaises dans cette ville.

Frantz Jehin-Prume s’éteint le 29 mai 1899 à Montréal dans un oubli relatif. Toutefois, selon Louis Fréchette, la nouvelle des funérailles de son ami attire «toute une population qui souhaitait donner un dernier coup d’œil et faire un dernier adieu à celui qu’elle avait tant de fois applaudi ».

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Fonds Willfrid Camirand F266 /A1/2. Dossier de recherche Jules Prume.

Photos : À sa sainteté Léon XIII - F085-B1,1-25. Frantz Jehin-Prume 1887 - F085 P2752. Harmonie Sainte-Cécile du Séminaire de Nicolet, juin 1887, Jules Prume, fils de Frantz est le 3e de la 1ère rangée tenant la cymbale - F085-P5042. Change pour change F085,1-25

LA PETITE FRANCELorsque l’on consulte les documents d’archives reliés à l’histoire de Baie-du-Febvre (anciennement Baie ...
09/27/2026

LA PETITE FRANCE
Lorsque l’on consulte les documents d’archives reliés à l’histoire de Baie-du-Febvre (anciennement Baie Saint-Antoine), le patronyme Petite France ressurgit régulièrement . On pourrait croire, à prime abord, qu’il s’agit d’un lieu-dit entre la Baie Saint-Antoine et Nicolet . Or, voici ce que les archives nous apprennent à ce sujet.

Après la Conquête, pour renouveler ses effectifs, l’Église canadienne ne peut plus faire appel au clergé français, fort mal vu par les vainqueurs. Le nombre d’ecclésiastiques chute dramatiquement. La Révolution française, qui force environ 8 000 prêtres à émigrer en Angleterre, contraindra les autorités britanniques à ouvrir les portes du Canada à un certain nombre de religieux d’origine française. Mgr de La Marche, évêque de Saint-Pol-de-Léon, qui s’occupe de recruter des prêtres pour le Canada, nomme Philippe-Jean-Louis Desjardins à titre de chef d’une mission chargée d’étudier les conditions de l’établissement, dans le Haut et le Bas-Canada, de prêtres français; cela, dans le but d’une éventuelle émigration. Mgr Hubert, évêque de Québec, qui parvient à convaincre les autorités britanniques de former au Canada une petite colonie composée d’émigrés français, accueille avec joie cette cinquantaine de prêtres qui vient accroître d’un tiers les effectifs canadiens. Or, cette nouvelle ouverture s’avère de brève durée. Le gouvernement craint que certains émissaires de France ne préparent la révolution dans le Bas-Canada. Même les prêtres français émigrés deviennent suspects aux yeux des Britanniques. Dès 1802, l’étau se resserre sur l’émigration des prêtres français et celle-ci ne connaîtra un nouvel essor qu'à partir de 1840.

Mgr Plessis, successeur de Mgr Hubert, manifeste une vive admiration pour ces prêtres que la révolution française a jetés sur les rives du Saint-Laurent. Dans le but de leur rendre l’ennui de l’exil plus supportable, il les réunit dans la région de Trois-Rivières. Ce qui leur permet de se rencontrer plus souvent. Ainsi donc, de 1796 à 1847, les cures de Nicolet, Baie-du-Febvre, Bécancour, Gentilly, Pointe-du-Lac, Yamaska, Saint-François-du-Lac sont presque continuellement occupées par des prêtres français; d’où la désignation populaire de « Petite France ». Ces prêtres rassemblés sous la protection de Mgr Plessis sont : Jean Raimbault, curé de Nicolet, Urbain Orfroy et René-Pierre Joyer, de Pointe-du-Lac, François-Gabriel Lecourtois et François Lejamtel, de Bécancour, Charles-Vincent Fournier, de Baie-du-Febvre, Claude-Gabriel Courtin, de Gentilly, François Ciquard, de Saint-François-du-Lac et Pierre Gibert, de Yamaska.

Le CAR Séminaire de Nicolet conserve en ses voûtes les fonds d’archives des curé Raimbault, Lecourtois, Orfroy, Joyer, Lejamtel, Fournier et Courtin. Ceux-ci contiennent surtout des documents traitant d’actes légaux, de droits de succession et d’arpentage, des contrats de vente, de même qu’une généreuse correspondance. Ces fonds d’archives demeurent accessibles à tous et peuvent être consultés sur place.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Toutes petites choses du régime Anglais, Pierre-Georges Roy, Éditions Garneau, Québec 1946. Histoire de la Baie-Saint-Antoine, Joseph-Elzear Bellemare, 1911

Photo : Certificat de naturalisation de François-Gabriel Lecourtois, 1826

UNE MYSTÉRIEUSE STATUE À NICOLETÀ Nicolet, une aura de mystère plane autour d’une effigie de la Madone que l’on appelle ...
09/21/2026

UNE MYSTÉRIEUSE STATUE À NICOLET
À Nicolet, une aura de mystère plane autour d’une effigie de la Madone que l’on appelle « la statue merveilleuse de Nicolet ». Plusieurs personnalités des plus crédibles témoignent de faits troublants reliés à la présence de cette statue lors de deux tragédies ayant lourdement éprouvé la ville de Nicolet au cours du 20e siècle.

La première manifestation survient en 1906, lors de l’incendie qui détruit simultanément la deuxième et troisième cathédrale (en cours de construction), de même que la maison-mère des sœurs de l’Assomption. Le feu se propage rapidement. L’évêché est menacé : « Mgr Brunault, craignant que le feu qui consumait la cathédrale ne se communiquât à l’évêché, alla chercher la statue de la Sainte Vierge et la plaça dans le couloir qui séparait l’évêché de la cathédrale et lui demanda d’arrêter le feu et de sauver l’évêché. » Malgré la violence de l’incendie, les flammes s’arrêtent au couloir, épargnant l’évêché. On conçoit aisément que cette statue se retrouve par la suite sur un piédestal dans le fumoir de l’évêché. Vénérée par Mgr Brunault, ce dernier ne tari pas d’éloges et de reconnaissance envers celle qui protégea la résidence épiscopale, en 1906.

Lors de l’éboulis du 12 novembre 1955, la Vierge se dresse toujours sur son piédestal dans le fumoir de l’évêché lorsque survient la catastrophe au cours de laquelle trois personnes perdent la vie. Toutefois, le bilan aurait pu être encore plus lourd sans la manifestation d’un étrange phénomène relié encore une fois à la présence de la mystérieuse statue. Mgr Albertus Martin et Mgr Louis-Paul Roy qui se trouvent dans le bureau de l’évêque au moment de la catastrophe, de même que la majorité du personnel sont évacués à temps. Le vicaire général, Mgr Lauzière, paralytique, ainsi qu’une sœur de Sainte-Jeanne-d ’Arc, coincés dans leurs chambres, échappent de justesse à la mort, même si la bâtisse subit de sérieux dommages. : « L’effondrement de l’évêché s’arrêta précisément à l’endroit où se trouvait la statue de la Sainte Vierge. Le mur de l’appartement fut emporté et le plancher coupé en deux. Dès que l’on put voir ce qui restait de l’évêché on aperçut la statue merveilleuse qui dominait le gouffre d’une profondeur de soixante pieds ».

Le mystère se prolonge lors de la démolition de l’édifice endommagé. Les démolisseurs doivent alors faire face à un défi extrêmement dangereux. Pour plus de précautions, la décision est prise de jeter le bâtiment par terre en faisant tomber les appuis avec l’aide de câbles d’acier tirés par un bulldozer. Chacune des tentatives se révèle un échec. Un second bulldozer appelé à la rescousse ne donne pas de meilleurs résultats. Les chaînes se rompent chaque fois : « C’est alors que Mgr Georges Dubuc arriva sur les lieux. Se rappelant que la statue se trouvait toujours sur son piédestal face à l’éboulis, il dit à l’architecte Deshaies que l’édifice ne tomberait pas tant qu’on n’irait pas chercher la statue. » L’entrepreneur Désilets, accompagné de quelques ouvriers, parviennent à récupérer la statue de la Vierge Marie qu’ils remettent aussitôt entre les mains de Mgr Dubuc qui leur dit : «Vous pouvez procéder maintenant ». Dès la nouvelle tentative, le trois-quarts de ce qui reste de l’évêché s’effondre dans un vacarme formidable.

En 1983, grâce à un don de Mgr George Dubuc, un sculpteur de Montréal est chargé de restaurer la célèbre statue avec la recommandation de respecter ses teintes et ses dorures initiales. L’intention de l’ecclésiastique étant de faire connaître à tous les diocésains cette effigie de la Sainte Vierge reliée à des moments particulièrement émouvants de l’histoire de Nicolet. La statue «merveilleuse » est désormais conservée à l’évêché de Nicolet sur lequel elle continue de veiller.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Fonds société d’histoire régionale de Nicolet 238/E13/3
Photos : Glissement de terrain à Nicolet en novembre 1955, photographe Henry Laliberté, Spicilège I, CAR Séminaire de Nicolet

JOURNAL D’UN PATRIOTE EXILÉ EN AUSTRALIENicolet entretient une relation toute particulière avec l’histoire des patriotes...
09/15/2026

JOURNAL D’UN PATRIOTE EXILÉ EN AUSTRALIE
Nicolet entretient une relation toute particulière avec l’histoire des patriotes de 1837-38 depuis qu’Antoine Gérin-Lajoie composa, en 1842, la célèbre complainte «Un canadien errant ». L’histoire évoque régulièrement le sort des 12 condamnés à mort, mais qu’advint-il des 58 patriotes déportés en Australie ? Voilà le fascinant récit que l’on découvre à la lecture du « Journal d’un exile politique aux Terres Australes » du notaire Léandre Ducharme, publié en 1845.

Condamné à la pendaison en novembre 1838, Ducharme languit dans un cachot humide 10 mois durant avant de voir sa peine commuée en exil. Le 28 septembre 1839, 58 exilés du Bas-Canada en compagnie de 83 prisonniers du Haut-Canada s’entassent dans la cale sombre et surpeuplée du HMS Buffalo en partance pour l’Australie. Durant la traversée, les prisonniers doivent confectionner leurs propres ustensiles pour consommer la bouillie d’avoine du matin servie dans une chaudière pour 12 hommes. Le reste de leur diète étant composé de soupe aux pois, de biscuits de mer et de bœuf salé : « Nous n’avions par jour qu’une pinte d’eau chacun; ration bien insuffisante pour étancher la soif brûlante que nous causaient nos vivres salés ». Ballotés par les tempêtes, le mal de mer s’installe durant des semaines parmi la majorité des passagers.

Une fausse rumeur de mutinerie entraîne l’imposition d’un couvre-feu de 8 heures du soir à 6 heures du matin avec interdiction aux prisonniers de causer entre eux, sous peine de mort. Le voyage en direction de l’Australie dure cinq longs mois dans la promiscuité à endurer les tourments de la fièvre et de la soif. Le 25 février 1840, les patriotes arrivent à Sydney, où la présence de ces rebelles engendre une véritable hystérie envers ces Canadiens-Français qualifiés de truands et de terroristes par les journaux. Sous la pression populaire, les autorités décident alors d’envoyer les insurgés sur l’île Norfolk, une colonie pénitentiaire infernale dans l’océan Pacifique Sud, à quelque 1 675 km au nord-est de Sydney. Les patriotes échappent à ce lieu de sévices grâce à l’intervention de l’évêque catholique John Bede Polding, futur archevêque de Sydney, qui obtient leur transfert à la prison militaire de Longbottom, sur la rivière Parramatta.

Dans cette enceinte, entre 15 et 18 hommes sont confinés à l’intérieur de huttes mesurant trois mètres par cinq mètres. Ces derniers vivent constamment sous la menace du fouet s’ils dérogent aux règles, comme celles de négliger leur travail, circuler sans permission entre les bâtiments de la prison ou manquer de respect envers leurs supérieurs. Soumis, sous un soleil impitoyable, au travail forcé qui consiste à vider les barges chargées de pierres, transformer celles-ci en gravier à coups de pioche et transporter ce gravier jusqu’à la route, les exilés s’épuisent à la tâche. « Pour le dîner, on nous sert du pain grossier et de la viande, souvent gâtée par la chaleur. Jamais nous n’avions rien pour souper. Après avoir travaillé tout le jour, on nous renfermait épuisés de faim et de fatigue vers cinq heures et demie ou six heures du soir ». S’ajoute à cela, les excès d’un gardien tyrannique qui abuse du fouet. L’entraide entre forçats, de même que la débrouillardise, contribuent progressivement à alléger les tourments de ces derniers. Ainsi, dès l’été 1841, le tyrannique surintendant Badly ret**de le couvre-feu d’une heure pour mettre à son profit personnel le travail des prisonniers. Dans le but de s’offrir un supplément pécunier, le surintendant contraint les prisonniers à couper du bois sur le terrain de la prison, ou encore à ramasser des coquillages, devant servir à la fabrication de la chaux, sur les berges de la rivière. Ces produits sont ensuite vendus aux capitaines des barges en chemin vers Sydney. Comme il s’agit d’un commerce plus ou moins licite, Badly n’a pas d’autre choix que de partager le bénéfice de ces ventes avec les forçats: « La vente de bois que nous faisions à l’intention de notre surintendant nous fournissait assez d’argent pour nous procurer les objets dont on sentait le plus le besoin et notre surintendant était obligé à son tour de fermer les yeux là-dessus ».

Pendant ce temps, au pays, les sympathisants à la cause des Patriotes s’activent. Ils forment l’Association de la Délivrance qui a pour objectif d’obtenir la libération des prisonniers et de recueillir des fonds pour leur retour. Ce qui permet, entre 1841 et 1843, aux prisonniers d’obtenir progressivement leur libération conditionnelle. Les Patriotes, qui ne sont plus confinés à la prison, sont dispersés à différents endroits de la colonie. Des employeurs privés les prennent en charge un par un en leur offrant salaire, gîte et couvert. « Comme nous jouissions tous d’un bon caractère, que nous étions d’honnêtes gens et des gens avantageux, alors chacun s’empressa auprès du gouvernement pour nous avoir » C'est ainsi que Léandre Ducharme se retrouve à travailler comme commis chez un ébéniste de Sydney.

Enfin, en 1844, suite aux pressions, la communauté internationale, opposée aux mauvais traitements imposés aux prisonniers politique, obtient, de le reine Victoria, le pardon des exilés australiens accusés de rébellion au Haut et Bas-Canada. Le 10 juillet 1844, 28 premiers Canadiens, dont Léandre Ducharme, quittent Sydney à bord du Achilles. L’auteur du journal d’un exile politique meurt en 1897 et est inhumé, en compagnie d’autres exilés, au pied de l’obélisque des Patriotes, érigé en 1858, dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges de Montréal.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Fonds Albertus Martin F277/M141/17, Journal d’un exile politique aux Terres australes.

Photos : Antoine Gérin-Lajoie F085-P7044. Journal d’un exile politique en Terres Australes F227-M141-7. Le monument des patriotes C079-G6-13-81.

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