Centre d'Archives Régionales Séminaire de Nicolet

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PEINTURES ÉPOUSTOUFLANTES – 4E PORTRAITPour la quatrième chronique des peintures époustouflantes, nous vous présentons d...
07/10/2026

PEINTURES ÉPOUSTOUFLANTES – 4E PORTRAIT

Pour la quatrième chronique des peintures époustouflantes, nous vous présentons deux « petits » tableaux – ils sont physiquement de petite taille ! –, mais qui exploitent l’un des « grands » sujets de la peinture au Québec au 19e siècle, soit les incendies.

La toile la plus connue qui représente une telle scène est sans contredit L’Incendie du quartier Saint-Jean à Québec de Joseph Légaré (1795-1855). Réalisé entre 1845 et 1848, le tableau de Légaré transpose en couleurs l’impact monumental qu’occasionna ce sinistre le 28 juin 1845. Légaré concevra deux autres tableaux de cet événement à partir de différents points de vue, cherchant à immortaliser cet incident sous plusieurs facettes. Légaré répètera l’exploit avec L'incendie du Parlement à Montréal (1849). Avis aux intéressés, il fut question de Légaré et d’une autre de ses œuvres, La Fête-Dieu à Nicolet, dans notre publication du 11 juin dernier.

Les deux petites toiles conservées au Séminaire de Nicolet, bien qu’elles rappellent l’œuvre de Légaré, lui sont pourtant antérieures. En effet, elles ont vraisemblablement été réalisées avant 1841. Si leur auteur demeure inconnu, leur chemin jusqu’au centre d’archives est documenté : elles ont été offertes par Jean Raimbault (1770-1841), premier supérieur du Séminaire de Nicolet, à Joseph-Onésime Leprohon (1789-1844), second supérieur de la même institution. Ce dernier les lèguera officiellement au Séminaire. Selon l’histoire orale du CAR, ces tableaux auraient été affichés longtemps dans… le fumoir des prêtres !
Événement grandiose tout autant que dévastateur, les incendies apparaissent comme un matériau intéressant pour le peintre. Le contraste des couleurs, les effets d’ombres, le jeu des proportions, le détail donné dans l’agitation de la foule : tout semble s’offrir en défi à l’adresse du pinceau. Sujet autrefois prisé par les peintres, les incendies continuent aujourd’hui de fasciner et d’être immortalisés, cette fois-ci à travers l’objectif de la caméra des photojournalistes qui capturent ce phénomène sous mille et une variations.

[Inconnu], [Incendie 1], avant 1841, huile sur carton, cadre de bois doré, 21 x 26 cm, collection du séminaire, TA-67.
[Inconnu], [Incendie 2], avant 1841, huile sur carton, cadre de bois doré, 21 x 26 cm, collection du séminaire, TA-68.

Texte: Marie-Hélène Nadeau

DIFFUSION DE MUSIQUE PAR TSF : UNE PREMIÈRE MONDIALE À NICOLET?Depuis l’invention du radioconducteur par Édouard Branly ...
07/05/2026

DIFFUSION DE MUSIQUE PAR TSF : UNE PREMIÈRE MONDIALE À NICOLET?
Depuis l’invention du radioconducteur par Édouard Branly en 1890, jusqu’aux expériences réussies de Marconi, la télécommunication sans-fil fascine les scientifiques du monde entier dès la fin du 19e siècle. Dans notre région, elle passionne tout particulièrement l’abbé Georges Désilets, professeur de physique au Séminaire de Nicolet. Ce pionnier de la télécommunication invente, dès 1912, un instrument capable de diffuser de la musique à distance.
L’abbé demeure constamment à l’affût de toutes les nouveautés dans ce domaine qui progresse rapidement. Il confectionne lui-même ses propres récepteurs et connaît très bien tous les rouages permettant la communication par le code morse en vigueur à l’époque. Fin observateur, l’amateur de musique en lui finit par déduire que les sons intermittents du code télégraphique peuvent éventuellement être transformés en notes de musique. Il entreprend alors de convertir un vieil harmonium en appareil émetteur susceptible de diffuser de la musique à distance.
Témoin des premiers pas de l’abbé Désilets dans ce domaine, Jean Narrache (Émile Coderre) confie son expérience dans un article de journal rédigé en 1939 : « … il se mit en train de transformer un vieil harmonium hors d’usage et d’en faire un instrument qui transmettrait de la véritable musique par sans-fil. Un jour, l’abbé nous chargea, Vincent et moi, de nous rendre sur le lac Saint-Pierre dans un yacht munie d’une antenne et d’un poste de télégraphie sans-fil. (…) Tout à coup, les premières notes très distinctes du cantique « Nearer my god to Thee » nous firent pousser un cri d’admiration. L’harmonium de l’abbé Désilets transmettait la musique sans-fil. (…) Chose amusante pour nous, mais qui le fût moins pour l’opérateur du sans-fil d’un steamer qui passait en ce moment au large du lac Saint-Pierre. Se rappelant que l’orchestre du Titanic avait joué ce cantique, il se crut le jouet d’une illusion et nous l’attendîmes télégraphier en toute hâte à Montréal et à la Pointe-au-Père pour demander si on avait entendu la même chose. Comme ces deux postes étaient à une trop grande distance, personne n’avait évidemment entendu la mystérieuse musique. Je me demande si le pauvre garçon n’eut pas perdu la tête si l’abbé ne s’était empressé de lui télégraphier lui-même pour lui expliquer l’expérience qu’il tentait de faire. » L’opérateur en question a-t-il jamais su qu’il venait probablement d’assister à l’une des premières diffusions mondiales de musique transmise par un appareil sans-fil?

Les démarches de l’abbé Désilets pour faire enregistrer officiellement son invention portent fruit. Les lettres patentes lui sont accordées de la part du gouvernement du Canada, de même que par celui des États-Unis. Mais les expériences du prêtre Nicolétain ne s’arrêtent pas là. En 1920, il obtient du ministère des affaires navales canadiennes une licence l’autorisant à exploiter une station de radio amateure durant la période hivernale, alors que la navigation sur le fleuve se trouve interrompue par les glaces. Il s’agit de la première radio francophone à diffuser au pays, devançant ainsi le poste CKAC qui entre en ondes seulement en 1923. La radio amateure 9-AB du Séminaire de Nicolet est doté d’une puissance lui permettant de diffuser ses programmes de musique hebdomadaires aussi loin que Drummondville, Saint-Hyacinthe et Grand-Mère. La qualité de sa programmation musicale, de même que la clarté de la diffusion lui méritent de nombreuses lettres de félicitations en provenance d’un peu partout à travers la province. L’abbé Désilets exploite son poste de radio jusqu’à la fin des années vingt. La prolifération des postes de radios commerciaux au fil des années marquant le déclin des stations amateures.

Étonnamment, les talents d’inventeur de l’abbé George Désilets semblent plus reconnus aux États-Unis que chez-lui. Plusieurs journaux et revues américaines, dont la célèbre « Wireless », lui consacrent des articles étoffés, alors que de ce côté-ci de la frontière les médias demeurent silencieux à son sujet.

L’abbé Désilets est le grand-oncle du célèbre photographe de presse Antoine Désilets, décédé en décembre 2019. Antoine Désilets, est le cadet d’une famille de dix enfants. À neuf ans, suite au décès de sa mère, il est placé à l’orphelinat de l’hôpital du Christ-Roi. Son grand-oncle entreprend alors de l’initier à la photographie. C’est donc à Nicolet, grâce aux enseignements de l’abbé Georges Désilets, que naît la vocation de celui qu’on qualifie de premier photographe de presse du Québec.

Texte: Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Référence : Fonds Georges Désilets F106 et Fonds Émile Coderre F196
Photos : Atelier de Georges Désilets, fonds Georges Désilets F106-F1-6-
Arrière de l’harmonium en 1916, F106-F1-6-3
Harmonium en 1916, CAR Séminaire de Nicolet

JOSEPH TRAVERSY DE SAINT-FRANÇOIS-DU-LAC : ESPION POUR LES REBELLES AMÉRICAINSLe nom de Joseph Traversy demeure l’un des...
06/28/2026

JOSEPH TRAVERSY DE SAINT-FRANÇOIS-DU-LAC : ESPION POUR LES REBELLES AMÉRICAINS
Le nom de Joseph Traversy demeure l’un des plus célèbre à Saint-François-du-Lac en rapport avec la Révolution américaine. La haine envers le conquérant britannique, de celui qu’on accuse d’espionnage au profit des Rebelles américains, prend probablement racine au moment du massacre d’Odanak, en 1759. (Voir texte précédent intitulé : « Le massacre d’Odanak ») Joseph Langlois dit Traversy naît le 23 février 1728 à Saint-François-du-Lac. Il devient alors l’héritier des terres ancestrales acquises par son père et son oncle qu’il parvient à faire fructifier. Ses descendants se souviennent surtout de leur ancêtre comme un ami des Abénakis, plus porté sur la guerre que la paysannerie et la famille, même s’il était marié et père de huit enfants. Suite à la Conquête, il tira le meilleur parti de ses relations avec les indigènes auprès des Américains chez qui il devra vivre en exil, dépossédé de ses biens et à la merci de la générosité du Congrès américain pour survivre.

En 1775, les Américains, désireux de s’affranchir de l’Angleterre, invitent les Canadiens à s’enrôler pour les aider à combattre la mère patrie, mais ces derniers refusent. Les colonies américaines décident alors d’envahir le Canada, pour empêcher l’Angleterre de les attaquer à revers. Saint-Jean, Montréal et Trois-Rivières tombent tour à tour aux mains des armées rebelles et sans la résistance de Québec, c’était la fin de la domination britannique. Joseph Langlois dit Traversy s’affiche alors fervent partisan des révolutionnaires auprès desquels il n’hésite pas à combattre activement. Sans preuves véritables, il fait emprisonner François-Xavier Crevier-Descheneaux et usurpe son titre de chef de la milice de Saint-François-du-Lac, afin de mieux servir les intérêts des Rebelles.

À partir du mois de mai 1776, les événements se précipitent. Des renforts arrivent d’Angleterre pour aider le général Carleton à repousser les armées rebelles et à reconquérir les parties du pays occupées par celles-ci. Après le retour au pouvoir des Britanniques, ces derniers ont recours à des milliers de soldats allemands qui occupent le territoire de Sorel jusqu’à Bécancour, en logeant les troupes chez l’habitant. Ceux que l’on considère, à tort ou à raison, partisans de la cause Américaine sont soumis aux travaux forcés par l’occupant. Trop compromis pour rester au pays, Joseph Traversy suit les Rebelles dans leur retraite et s’installe à Albany. À partir de l’état de New-York, il continue de travailler dans leur intérêt. Il fait passer des messages clandestins à ses alliés Abénakis opposés aux Anglais. Il ose aussi effectuer plusieurs voyages secrets au Canada pour entretenir la braise du soulèvement. On peut donc le qualifier d’agent secret au service du contre-espionnage de la cause américaine : « Il était parti d’Albany, le 9 juillet 1778. Il vint en canot par la rivière Saint-François, fit le portage jusqu’à la rivière Nicolet et arriva à la brunante au Pays-Brûlé. Aussi, il fut vu, le 13 août vers 11 heures du matin, dans le bois avoisinant la maison de l’interprète Bélisle. Il était armé de trois pistolets, d’un gros fusil court et d’un sabre. La sœur de Bélisle le rencontra en allant ramasser des mûres. Il lui posa plusieurs questions au sujet de son frère : s’il était à la maison, s’il n’était pas allé en découverte récemment et n’avait pas fait cinq prisonniers, ajoutant qu’il aurait grand plaisir à le voir. Il lui exprima le désir de ne pas faire savoir qu’elle l’avait vu et reparti en disant (en mentant) qu’il se dirigeait vers Yamaska. » Suite aux nombreux passages clandestins de Traversy au pays, le général Haldimand, dans une lettre adressée au secrétaire d’état pour les colonies, lord Germaine, souligne qu’il y a beaucoup de mauvais sujets à Saint-François-du-Lac et du côté de Nicolet; car, si Traversy parvient à échapper à la vigilance des autorités, c’est qu’il bénéficie d’un grand capital de sympathie auprès de la population en général.

La paix revenue, le roi d’Angleterre permet la réhabilitation des partisans de la cause Américaine à condition que ces derniers acceptent de lui prêter serment. Malgré les risques de représailles, la majorité d’entre eux rentre au pays. Joseph Traversy, lui, choisit l’exil. Dans une missive datée de janvier 1780, il remercie George Washington de l’attention portée par les troupes américaines envers la population de Saint-François-du-Lac et ses alliés Abénakis, en particulier. Il s’agit probablement d’une opération de charme afin de réclamer une terre pour lui-même dans les environs d’Albany sur le lac Champlain. Pendant ce temps, sa femme, demeurée au pays, se démène pour faire vivre ses enfants (elle doit même se départir de la majorité de ses terres), soumise à l’incessant harcèlement des Anglais toujours à la recherche de son époux. L’une de leurs filles, Charlotte, ira rejoindre plus t**d son père à Albany où elle épousera Charles-Nathaniel Douglas, en 1795. Anecdote démontrant l’anathème sous lequel se retrouve le nom de Traversy à l’époque : le jeune couple en visite à Saint-François-du-Lac, soupçonné de trahison, sera arrêté et détenu un temps à la prison de Trois-Rivières, avant d’être relâché par manque de preuve. Joseph Langlois dit Traversy meurt en exil et sa dépouille mortelle repose désormais dans l’état de New-York au cimetière d’Albany.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Bulletin des Langlois d’Amérique no. 28, pages 12 à 14. Histoire de Saint-François-du-Lac, Thomas-Marie Charland, 1942. Noël Langlois Traversy descendance, Louise Deschenaux Cardin, 2008.

Photo : Notre-Dame-de-Pierreville, vue aérienne F473-12

LE MASSACRE D’ODANAKC’est vers 1700 que l’épouse du défunt seigneur Crevier, Marguerite Hertel et son fils Joseph, cèden...
06/25/2026

LE MASSACRE D’ODANAK
C’est vers 1700 que l’épouse du défunt seigneur Crevier, Marguerite Hertel et son fils Joseph, cèdent une partie de leurs terres aux Abénakis pour l’établissement d’une colonie autochtone dans le secteur de Saint-François-du-Lac. La mission d’Odanak voit alors le jour. Les Abénakis, qui fréquentent la rivière Saint-François depuis longtemps déjà, occupent un vaste territoire. Celui-ci s’étend du lac Champlain jusqu’en Acadie, en incluant aussi une bonne partie de la Nouvelle-Angleterre. Les nombreux conflits avec leurs ennemis naturels, et alliés des Anglais, les Iroquois, obligent les Abénakis à de fréquents déplacements.

Les premières traces d’établissement autochtones dans le secteur de Saint-François-du-Lac remontent aux environs de 1660. Amis des Français, les Abénakis secondent ces derniers dans leur guerre contre les troupes anglaises. Ce peuple de valeureux guerriers est redouté par ses adversaires. Leur établissement à proximité de Saint-François-du-Lac assure une certaine sécurité à la jeune colonie. Un astucieux stratagème de petits campements érigés le long de la rivière Saint-François permet de surveiller et de prévenir les habitants d’Odanak, en cas d’incursions ennemies.

Cela n’empêche toutefois pas le massacre de 1759. L’emprisonnement de deux messagers envoyés par le général Amherst, afin de demander aux Abénakis de demeurer neutre dans le conflit opposant les Anglais aux Français, serait à l’origine de l’expédition punitive du major Rogers sur Odanak. Les ordres du général anglais sont des plus claires : « Prenez votre revanche, sans oublier que ces scélérats ont assassiné sans égard des femmes et enfants de tout âge. » En cheminant par les bois plutôt que par la rivière. Rogers et ses hommes parviennent à tromper la vigilance des Abénakis. Le 4 octobre 1759, à l’aube, les Anglais surprennent les villageois dans leur sommeil. Ils enflamment les habitations et massacrent les gens. Le bilan des morts s’élève à une vingtaine de femmes et d’enfants - pour la plupart, brûlés dans leurs propres maisons en tentant de s’y cacher - et une dizaine d’hommes. On estime que les Anglais font aussi une trentaine de prisonniers, dont quelques femmes et enfants.

La riposte Française et Abénakise s’organise aussitôt. Des expéditions sont lancées aux trousses de la troupe de Rogers qui, entre temps, commet l’erreur de se diviser en petits groupes. Leur fuite à travers bois est décrite comme un véritable calvaire, les soldats devant progresser à travers d’immenses marécages infestés de moustiques. Le gibier fuit devant ces soldats en cavale qui, par crainte de révéler leur présence, ne peuvent même pas faire de feu pour se nourrir ou se préserver de la fraîcheur des nuits automnales. Plusieurs d’entre eux meurent d’épuisement, sont tués par leurs poursuivants ou encore faits prisonniers. De retour auprès d’Amherst, Rogers, afin de justifier la perte d’un grand nombre de ses soldats au cours de cette expédition, prétendra que son incursion punitive à Odanak aura fait aux alentours de 200 victimes. Le véritable bilan s’avère néanmoins tragique. Le village d’Odanak doit être reconstruit. De même que la chapelle, érigée en 1688, qui est rasée par les flammes et dont la perte demeure inestimable.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Collection Paroisses-Odanak, C076/P2/8
Photo : La quatrième chapelle d’Odanak. Dessin de J. Obomsawin accompagné, au verso, d’un hommage témoignant du profond attachement du peuple Abénaki envers la religion catholique. Ferveur qui ne se dément pas au fil des années malgré les épreuves et les incendies qui détruisent les trois premières chapelles.

1925 : UNE SAINT-JEAN-BAPTISTE HISTORIQUE À NICOLETLa Saint-Jean-Baptiste, célébrée le 24 juin de chaque année en hommag...
06/21/2026

1925 : UNE SAINT-JEAN-BAPTISTE HISTORIQUE À NICOLET
La Saint-Jean-Baptiste, célébrée le 24 juin de chaque année en hommage au saint patron des Canadiens Français, devient officiellement la fête nationale des Québécois, en 1977. Si les célébrations actuelles soulignent avec moins d’ostentation l’aspect religieux de la fête, les traditions, elles, se perpétuent pour la plupart. Qu’il s’agisse du célèbre feu de joie autour duquel l’on se réunit pour festoyer, le pavoisement des édifices, ou l’incontournable défilé des chars allégoriques.

Parmi les nombreuses fêtes de la Saint-Jean célébrées à Nicolet depuis le 19e siècle, celle de 1925 marque particulièrement les esprits. On la qualifie même à l’époque de triomphe. Les célébrations débutent la veille par une allégorie relatant l’arrivée de Jean Nicolet en canoë, accompagné d’un missionnaire, deux chefs Abénakis et leur famille, de même que quelques figurants costumés en coureurs des bois. Ces personnages débarquent en face de la cathédrale sous les applaudissements de la foule et au son de la fanfare. Jean Nicolet, les chefs Obomsawin et Capino, accompagnés de quelques dignitaires, adressent alors la parole à la foule réunie sur les berges de la rivière, avant d’aller saluer l’évêque de Nicolet.

La journée du lendemain débute par une messe pontificale officiée par Mgr Brunault à laquelle assistent les deux chefs Abénakis et leurs épouses. Cet office est suivi du défilé de la Saint-Jean qui compte plus de 60 chars allégoriques qu’on dit « d’un goût exquis ». La journée se poursuit en amusements variés et se termine en soirée par une série de discours de la part de dignitaires devant l’hôtel de ville.
On estime à plus de 10 000 le nombre de visiteurs venus de l’extérieur pour assister à cette fête. Soucieuse de souligner ce succès, la société Saint-Jean-Baptiste, sur l’initiative du frère Dominique, érige une croix souvenir sur le site des deux premières églises de Nicolet. Ce monument est illuminé tous les soirs pendant des années, sauf durant la période de la seconde guerre mondiale.

Photos : Quelques chars allégoriques du défilé passent devant la cathédrale, rue Saint-Jean-Baptiste. À droite, la croix du jubilé de 1825. Ce monument sera déplacé et réutilisé pour devenir le monument commémoratif de l’éboulis du 12 novembre 1955.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Photo J.E. Janelle.
CAR Séminaire de Nicolet
Fonds Laurent Proulx F342-A1-172

Ce monument a été installé en 1925 pour commémorer l’emplacement des 2 premières églises de Nicolet. Il est situé sur les terrains de la Défense Nationale.
Photo prise en 2009 par Lionel Fréchette.
CAR Séminaire de Nicolet
Fonds Séminaire de Nicolet F085-P13118
Texte publié une première fois le 26 juin 2019

SAINTE-ÉLISABETH-DE-WARWICK PIONNIÈRE DE L’AGRICULTURE BIOLOGIQUE ET LIEU DE NAISSANCE DU SCULPTEUR ALFRED LALIBERTÉ La ...
06/18/2026

SAINTE-ÉLISABETH-DE-WARWICK PIONNIÈRE DE L’AGRICULTURE BIOLOGIQUE ET LIEU DE NAISSANCE DU SCULPTEUR ALFRED LALIBERTÉ
La paroisse de Sainte-Élizabeth est érigée canoniquement le 2 octobre 1872 par Mgr Laflèche, évêque de Trois-Rivières. Elle est nommée ainsi en l’honneur de Sainte-Élisabeth de Hongrie, souveraine de Thuringe et patronne du tiers-ordre Franciscain, décédée en 1231. La réunion dans le but d’élire les premiers conseillers municipaux se tient le 4 juillet 1884. Cinq jours plus t**d, les nouveaux conseillers se rencontrent à nouveau, cette fois, pour élire unanimement le premier maire en la personne d’Alfred Legendre.

La principale vocation économique de Sainte-Élizabeth-de-Warwick est surtout agricole. Les nombreuses fermes laitières y côtoient les fermes aviaires et porcines, sans oublier l’élevage de bovins, de chèvres et la culture des céréales. Dès le début des années 1990, des agriculteurs respectueux de l’environnement choisissent de se lancer dans la culture biologique. Un centre d’agrobiologie voit le jour. On y effectue des recherches et dispense de cours fréquentés par les adeptes de la culture biologique en provenance d’un peu partout au Québec. À cette époque, des producteurs de Sainte-Élisabeth, conjointement avec d’autres fermiers de la région, conviennent de mettre sur le marché un fromage au lait cru nommé «l’Ancêtre ». En 2005, la famille Morin se porte acquéreur du vieux presbytère datant de 1937 afin d’y établir une fromagerie et réaliser son vieux rêve de fabriquer des grands fromages artisanaux. En 2015, l’église est transformée en salle d’affinage munie du premier robot au Canada. Depuis ses débuts, la fromagerie du Presbytère, cumule les prix d’excellence pour la qualité remarquable de ses produits.

C’est à Sainte-Élisabeth que naît, le 19 mai 1878, le sculpteur de grande renommée, Alfred Laliberté. Ce dernier est surtout reconnu pour ces modèles témoignant du terroir et du savoir-faire canadien français, faisant, en quelque sort, œuvre d’ethnologue. Afin de parfaire son art, il étudie à Montréal et à Paris. Chargé de nombreuses commandes pour la création de monuments commémoratifs, de même que de plusieurs statues pour la façade du parlement, Alfred Laliberté ne délaisse pas pour autant sa production liée au terroir et au folklore. Il exprime lui-même en ces termes la profondeur de ses racines rurales : « Je fis du terroir, parce que je suis né à la campagne. J’y ai grandi, vécu et j’ai compris le poème des champs ». Il puise dans ses souvenirs d’enfance pour reproduire la gestuelle et les attitudes de ses sculptures. L’œuvre d’Alfred Laliberté peut être admirée dans plusieurs endroits publiques et dans la plupart des musées du Québec et du Canada. Auteur de plus de 900 sculptures, sa série de statuettes « légendes, métiers et coutumes d’antan » fixe dans le bronze tout un savoir-faire qui, avant lui, est transmis oralement.

Texte: Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Collection Paroisse Saint-Élisabeth-de-Hongrie C076/YY/10/6
Photo : Église de Sainte-Élisabeth-de-Warwick en 1977, fonds Ambroise Houle F042-E18-4
Centre d’archives Régionales Séminaire de Nicolet

« LA FÊTE-DIEU À NICOLET » L’AVENTURE D’UN TABLEAU DE JOSEPH LÉGARÉ En avril 1992, J.-L. Proulx, ancien élève du Séminai...
06/11/2026

« LA FÊTE-DIEU À NICOLET » L’AVENTURE D’UN TABLEAU DE JOSEPH LÉGARÉ
En avril 1992, J.-L. Proulx, ancien élève du Séminaire de Nicolet, fait l’acquisition de deux tableaux dans un marché aux puces de la région montréalaise. L’une de ces œuvres lui rappelant vaguement une toile visionnée précédemment au Musée National des Beaux-Arts de Québec, M. Proulx consulte un expert qui lui affirme que son acquisition vaut plusieurs centaines de milliers de dollars. Il s’agit de « La Fête-Dieu à Nicolet », œuvre de Joseph Légaré, peintre du 19e siècle reconnu pour son avant-gardisme et son expertise dans le domaine de l’art pictural. Ce dernier ayant demeuré quelques années à Gentilly, on lui reconnait deux tableaux représentant la ville de Nicolet, dont celui cité plus haut. Désireux d’en savoir plus, le nouvel acquéreur confie : « j’ai décidé d’aller voir le curé Denis Fréchette et Marie Pelletier aux archives du Séminaire. Je me disais qu’ils pourraient me montrer une photo de l’œuvre que j’avais vue à Québec ». Satisfait de cette rencontre, M. Proulx consulte par la suite des experts de l’œuvre de Légaré qui lui confirment qu’il s’agit bel et bien d’un tableau de cet artiste intitulé : « La Fête-Dieu à Nicolet ». On considère qu’il existe probablement trois versions de cette œuvre réalisée entre 1826 et 1832, dont une appartenant au Musée des Beaux-Arts du Canada. Notons qu'à cette époque Joseph Légaré pouvait peindre jusqu'à six versions d'une même scène, sans nécessairement les signer toutes. Ce qui incite les Musées des beaux-arts du Québec et du Canada à ne pas acquérir l’œuvre retrouvée par M. Proulx.

Notons que Joseph Légaré naît à Québec, en 1795, où il s’avère être un citoyen très impliqué socialement. Propriétaire foncier, politicien, juge de paix, membre-fondateur de la SSJB de Québec, grand patriote, il a participé activement à la Rébellion de 1837. Mais il est surtout un artiste autodidacte qui joue un rôle très important dans l’évolution de la peinture canadienne au cours de la première moitié du 19e siècle. Sa production se démarque surtout par des innovations au niveau des paysages (on le considère comme le premier peintre paysagiste né au Canada), du tableau historique et de la chronique de la vie quotidienne. Contrairement à plusieurs de ses contemporains, qui choisissent surtout des sujets plus lucratifs auprès de la bourgeoisie ou des membres du clergé, Légaré brosse des paysages, des événements culturels d’importance et s’avère un des rares artistes de son époque à peindre des personnages des Premières Nations. Grand collectionneur, il est le premier à ouvrir une galerie d’art au Canada. Au printemps 1817, l’abbé français Philippe-Jean Desjardins, chassé de son pays suite à la révolution, met en vente publique des centaines de tableaux en provenance de Paris, dont une grande partie est acquise par les paroisses. Dans le lot on retrouve des Vouet, Le Brun ou Murillo. Légaré s’en procure un grand nombre qu’il restaure et parvient à monter ainsi une impressionnante collection de plus de deux cent tableaux. Après sa mort, en 1855, une grande partie de l’œuvre originale de Légaré, qui s’élève à environ 300 peintures, demeure la propriété de sa v***e avant de passer en quasi-totalité entre les mains de l’université Laval, en 1874. Cet établissement, qui relève alors du séminaire de Québec, acquiert en même temps l’importante collection de toiles et de gravures européennes accumulée par le peintre au fil des années. La majorité de l’œuvre de Joseph Légaré est actuellement conservée dans les églises et les plus grands musées du pays, notamment celui des beaux-arts du Canada où on peut admirer une des versions de « La Fête-Dieu à Nicolet ».

Vers la fin du vingtième siècle, une série d’expositions reconnaît le talent du peintre Légaré. En 1978, une exposition itinérante de quatre-vingt-une de ses toiles fait le tour des principales galeries d’art de Toronto, Montréal et Québec. La Galerie d’Art du Canada publie, en 1978, un catalogue raisonné des œuvres de celui qui, en 1833, devient le premier galeriste au Canada. Du 1er février au 31 mars 1979, le Musée des beaux-arts de Montréal tient une grande exposition des œuvres de Légaré. Celle-ci se déplace ensuite au Musée des beaux-arts de Québec, en avril 79. Suite à cette rétrospective, l’ONF produit un moyen métrage intitulé : « Un Québécois retrouvé : Joseph Légaré ». Présentement, nous ne sommes pas en mesure de dire ce qui est advenu de la version de « La Fête-Dieu à Nicolet » retrouvée dans un marché aux puces au début des années 90.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Dossier de recherche Joseph Légaré, CAR Séminaire de Nicolet. Le Nicolétain vendredi 8 juin 1951. Le Courrier Sud le 27 août 1995. La Presse, Montréal, mardi le 20 mai 2003.

Photos : Maison de Joseph Légaré, Gentilly 1676-1976, page 83. Deux tableaux représentant Nicolet de Joseph Légaré, extrait d’un catalogue de l’Hôtel des encans.

SCHISME À CHESTERVILLENous reproduisons intégralement un texte déjà paru en ces pages le 17 novembre 2020« Nous allons e...
06/07/2026

SCHISME À CHESTERVILLE
Nous reproduisons intégralement un texte déjà paru en ces pages le 17 novembre 2020
« Nous allons entrer dans une ère bien sombre et bien lamentable. La paix va être troublée; la discorde va pénétrer au milieu de la population », s’écrit en 1869 l’abbé Mailhot en évoquant la querelle suscitée par l’éventuel transfert de la première chapelle de Chesterville, consacrée le 12 février 1857. Celle-ci occupe le 10e lot du 10e rang, dans un secteur communément appelé : le coin Saint-Philippe. L’endroit a l’avantage d’occuper le centre géographique de la paroisse, puisque, à l’époque, le secteur Ham est toujours rattaché à Chesterville. Toutefois, c’est par défaut que les curés Prince et Suzor, chargés de l’acquisition du terrain, choisissent cet endroit au détriment du site actuel de l’église de Chesterville. Le prétendu propriétaire du lot étant protestant, les deux religieux refusent de négocier avec lui. Ils jettent plutôt leur dévolu sur le coin Saint-Philippe, ce qui contraint de nombreux fidèles à franchir une plus grande distance pour assister à la messe et recevoir les sacrements. Une partie de la population se déchaîne alors contre les deux prêtres.
Cependant, la population continue de croître et la petite chapelle déborde sous le nombre grandissant de fidèles. Le bâtiment est délabré et la reconstruction demeure l’unique solution. Entre temps, un bureau de poste, quelques commerces et autres entreprises de service surgissent au coin des chemins Saint-Philippe et Craig, formant ainsi un embryon de village à deux milles de la première chapelle. C'est alors que les mesures entreprises pour régler la situation de cette dernière prennent des proportions insoupçonnées. En 1868, Mgr Laflèche renouvèle l’ordonnance d’agrandissement de l’église émise cinq ans plus tôt par son prédécesseur. Personne ne s’oppose à cette idée, mais la décision de reconstruire la chapelle en bas de la paroisse sur le rang Craig-Sud, engendre tout un émoi.
Cet emplacement occupe désormais le point central de Chesterville depuis que le secteur Ham est érigé en paroisse et dispose de sa propre chapelle. Les résidents du bas du village jubilent, tandis que la colère succède à la consternation chez les tenanciers d'en haut. Deux clans opposés divisent désormais la paroisse.
Le 30 janvier 1873, on bénit dans la tourmente la nouvelle chapelle, qui se trouve sur le site de l’église actuelle. On ne peut alors célébrer aucun office religieux, puisque deux marguilliers réfractaires refusent catégoriquement de transférer dans la nouvelle église les vases sacrés et les ornements nécessaires à l’exercice du culte. Des vigiles armés font le guet jour et nuit aux portes de l’ancienne chapelle afin de protéger les saints objets. L’évêché a beau frapper d'interdiction ce lieu de culte et menacer d'excommunier les récalcitrants, cela ne fait que jeter de l’huile sur le feu de la discorde. Les mois s’écoulent et la vigilance se relâche doucement du côté de l’ancienne chapelle. Au cours d’une nuit sans lune, deux marguilliers pénètrent dans la petite chapelle du coin Saint-Philippe. Ils s’emparent des vases sacrés et les transportent dans la nouvelle église. L'opération est réussie, mais un homme armé doit ensuite monter la garde durant un mois craignant que l’autre partie ne tente de reconquérir les précieux objets.
En mai 1873, une quarantaine de chefs de famille se rendent en délégation chez un avocat d'Arthabaska dans le but d’apostasier la religion catholique en faveur du protestantisme. Ces derniers se désistent ne pouvant payer les 100 dollars de frais exigés par les autorités. Des ministres méthodistes de Danville acceptent alors de venir convertir les dissidents. Malgré un interdit perpétuel prononcé envers l'ancienne chapelle et quelques démarches personnelles, Mgr Laflèche constate l’échec de ses tentatives. Il se résout donc à vendre terrain, chapelle et bâtisses, tout en procédant à un certain nombre d’excommunications. Cela n’empêche pas une petite communauté de protestants de s’implanter dans le secteur du coin Saint-Philippe. D'autres réintègrent le giron de la foi catholique, mais le ressentiment persiste. Impuissant face aux disputes incessantes, la santé physique et mentale du curé Moreau décline. L’évêque met quatre ans à assouvir le désir du prêtre d’être muté dans une autre paroisse en lui confiant, finalement, la cure de Saint-David-de-Yamaska. Le pauvre prêtre ne se remettra jamais de cette épreuve. Convaincu d’avoir été envoûté par un paroissien apostat, il est interné à l’asile de Longue-Pointe où il connait une triste fin en se suicidant par noyade, le 20 novembre 1891.
Encouragées par des prédicateurs, une trentaine de famille apostâtes, rentrant des États-Unis, tentent de reformer la petite communauté. En 1894, on construit une église Méthodiste et une école au coin Saint-Philippe. En 1901, il ne reste plus que trois protestants sur une population de 1 996 âmes. On peut donc tourner la page sur cette triste aventure qui a marqué à jamais la petite histoire de Saint-Paul-de-Chester.
Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Chesterville vous raconte… livre du 125e anniversaire, 1986
Les communautés protestantes de Chesterville et Ham-Nord, Florent Charest, Les éditions histoire du Québec, 2011
Photo : St-Paul-de-Chester vers 1877, reproduction Photomaje en 1992, F085-P5249

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