Centre d'Archives Régionales Séminaire de Nicolet

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LE JOURNAL D’UN MÉDECIN DE CAMPAGNE À SAINT-GERMAIN-DE-GRANTHAMLe Docteur Basile Letendre pratique la médecine à Saint-G...
09/03/2026

LE JOURNAL D’UN MÉDECIN DE CAMPAGNE À SAINT-GERMAIN-DE-GRANTHAM
Le Docteur Basile Letendre pratique la médecine à Saint-Germain-de-Grantham de 1905 à 1921. Ses livres de comptes consultés au CAR Séminaire de Nicolet témoignent de la manière dont s’exerce cette profession dans nos campagnes au début du vingtième siècle. S’il lui arrive de temps à autre de souligner quelque événement important de l’actualité, ou certaines épreuves le touchant personnellement, le docteur Letendre commente surtout la météo quotidienne. Cette préoccupation météorologique n’étonne pas particulièrement lorsque l’on sait que les médecins d’autrefois franchissent souvent de grandes distances pour rendre visite à leurs patients. Souci quasi constant pour celui qui est appelé à se déplacer en toutes saisons et à toute heure du jour ou de la nuit sur des routes entretenues aléatoirement. Les automnes pluvieux, les hivers rigoureux, les dégels printaniers rendent les déplacements périlleux et contraignent parfois le médecin à dormir chez l’habitant. Cette proximité l’incite à partager les soucis quotidiens des cultivateurs dont les revenus dépendent grandement des caprices de la nature. Le médecin se désole avec eux des gelées hâtives qui compromettent les semailles ou les moissons. Ou encore, les pluies excessives et les sécheresses qui menacent trop souvent les récoltes.

Les livres de comptes du docteur Letendre témoignent de la diversité des soins promulgués par un médecin généraliste au début du 20e siècle. À la fois, obstétricien, pédiatre, gériatre, dentiste et chirurgien, disposant de moyens limités, il use de toute sa science pour soigner malades et blessés à une époque où plusieurs maladies, même bénignes, s’avèrent mortelles. De plus, un médecin de campagne desservant une clientèle majoritairement pauvre se doit de supporter un lourd crédit. Les tarifs du docteur Letendre à l’époque sont : « 3,00$ pour un accouchement, 50 cents pour enlever une verrue, une injection coûte entre 1,00$ et 3,00$, selon le médicament et le prix de l’éradication d’une dent varie selon la difficulté d’extraction. »

La tâche du médecin de campagne exige une solide santé physique et morale. Toutefois, on ne côtoie pas impunément la maladie et la misère humaine sans en être personnellement affecté. C’est ainsi que, par une journée triste et sombre de mai 1913, le docteur Letendre exprime ses sombres pensées en marge de son livre de comptes: « Dans la vie que l’on croit si rose, il n’y a que des épines et des cailloux. Il faut s’efforcer de faire son bonheur seul, car les autres ne nous en procure très peu; car l’égoïsme prend une grande place dans les cœurs. Souvent on croit avoir saisi le bonheur, mais c’est comme une ombre toujours il fuit sous la main. Si nous n’avions pas le travail ardu pour dissiper le temps et les ennuis, la vie serait sûrement une charge avec son peu de soleil. L’on pleure plus que l’on ne rit ici-bas. Si au moins chacun cherchait à faire un peu de bonheur pour les autres, tous ensemble ça ferait une jolie somme. » Vague à l’âme qui s’avère, en quelque sorte, prémonitoire. À peine cinq mois plus t**d, le 16 octobre 1913, la maison du docteur Letendre brûle, ne laissant que des décombres. Il doit alors se réfugier avec toute sa famille chez ses parents en attendant de pouvoir reconstruire au printemps suivant. Le docteur J.C. Basile Letendre meurt 8 ans plus t**d, le 14 août 1921, à l’âge de 43 ans.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Fonds J. C Basile Letendre, F215/A1/2, F215/B2/2. Collection J. Antoine Letendre C068-A1-2-13
Photos : 1952, construction de la nouvelle église. Fonds Ambroise Houle F042-E10-2. Famille Joseph Letendre vers 1885 : François-Xavier-Joseph, Basile, Anna et Stanislas-Charles.

LE DUC DE VINCENCE A-T-IL RÉSIDÉ À BAIE-DU-FEBVRE ?Plusieurs historiens se sont penchés sur la question sans trouver de ...
08/30/2026

LE DUC DE VINCENCE A-T-IL RÉSIDÉ À BAIE-DU-FEBVRE ?
Plusieurs historiens se sont penchés sur la question sans trouver de réponse concluante. Certains témoignages, retrouvés dans le fonds d’archives de la Fabrique Saint-Antoine conservé au CAR, porteraient à le croire. Cependant, la question mérite d’être examinée minutieusement. Général d’armée et homme de confiance de Napoléon 1er, Caulaincourt est nommé ambassadeur à Moscou de 1807 à 1811, où il se lie d’amitié avec le tsar Alexandre 1er. Il est le plus fidèle serviteur de Napoléon qui le considère comme un homme de cœur et de droiture. Armand de Caulaincourt décède en 1827. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, près du carré des maréchaux d’empire. Son nom est gravé sous l'arc de triomphe et une rue du 18e arrondissement de Paris, porte son nom.

Est-il possible qu’un personnage d’une telle importance soit venu s’établir à la Baie-du-Febvre vers 1816? Examinons ce que les notes de l’abbé Bellemare, curé de Baie-du-Febvre, nous enseignent sur le sujet : « Sur la route de Nicolet à la Baie-du-Febvre était venu s’abattre vers 1816 un personnage mystérieux. Son voisin, Louis Beaulac qui avait servi dans la milice de 1812 eut l’avantage de connaître et de fréquenter habituellement ce personnage et d’admirer la science militaire de monsieur le comte. À son dire, ce dernier avait toute une chambre remplie de cartes militaires et d’a***s de toutes espèces et de grande valeur. À ses heures, le comte déployait ses cartes sous les grands ormes près de la maison, et là, à quatre pattes sur ses plans, il suivait et traçait des lignes, causant, discutant et interpelant tout haut, il s’animait comme au milieu de contradicteurs, probablement des souvenirs de Waterloo. Un beau matin, dit Beaulac, la maison fut trouvée vide. M. Le comte était parti avec a***s et bagages, sans tambour ni trompette. » Certains croient que ce départ précipité coïncide avec l’entrée en fonction du comte de Dalhousie, ancien adversaire de Napoléon, à titre de Gouverneur Général.

Louis Beaulac n’a jamais connu son singulier voisin sous un autre nom que M. le comte. Toutefois, ce dernier ayant fait baptiser un enfant à Baie-du-Febvre, il recommande à l’abbé Bellemare de consulter le registre paroissial pour savoir sous quels noms ont signé les parents du nouveau-né. Le père se nomme Benoit-Auguste comte d’Ancourt, tandis que la mère signe du nom d’Adélaïde-Antoinette-Augustine, comtesse de Galifait. Tout porte à croire qu’il s’agit de pseudonymes. La classe instruite, elle, demeure convaincue que le comte et l’ancien ministre de Napoléon ne font qu’un. Cette certitude se fonde sur les bases suivantes : la similitude des noms, Auguste d’Ancour d’une part et Auguste Caulaincourt de l’autre. De plus, des témoins de l’époque signalent une forte ressemblance physionomique entre le personnage de Baie-du-Febvre et le portrait du duc de Vincence conservé dans l’album du curé Lebourdais de la Rivière-Du-Loup. Selon l’avocat Vézina, ami et confident du comte, ses intimes, qui se recrutent parmi l’élite de la société, le nomment tout simplement Caulaincourt.

Certains indices tendent néanmoins à prouver qu’il s’agit d’un imposteur. D’abord, Mgr Plessis ne lui reconnait pas ce français de bon aloi auquel on peut s’entendre d’un haut gradé de l’armée napoléonienne. D’autre part, l’historien Benjamin Sulte, appelé à se pencher sur la question, demeure convaincu que Caulaincourt n’a jamais mis les pieds en Amérique : « Dans 200 volumes que j’ai lus, il y a des mentions de Caulaincourt comme demeurant en Picardie de 1815 à 1827. Durant ces années, il se défendait dans les journaux et par des brochures, des accusations que les partisans des Bourbons lançaient contre lui. Tout cela est de l’histoire et ne saurait être contesté. Caulaincourt a vécu de 1815 à 1827 au grand soleil de la publicité, bien malgré lui ». Suite à une étude approfondie, l’historien conclu que le mystérieux personnage de Baie-du-Febvre pourrait bien être Jean-Pierre Boyer, chef du Parti Français à Saint-Domingue, qui tombe avec ce parti, en 1814. Cette réalité historique s’harmonise difficilement avec le séjour du comte à la Baie-du-Febvre et ne permet d’arriver à rien de concluant à ce sujet. Le doute plane et planera probablement toujours sur ce mystère. L’abbé Bellemare conclue l’affaire en ces termes : « Ou bien Auguste D’Ancour est le vrai duc de Vincence, tel que le veut la tradition des anciens de La Baie, ce qui n’est pas admissible si le duc n’a pas quitté la France. Ou bien, il ne serait qu’un fourbe qui, pour mieux dépister les recherches et donner le change à l’opinion, aura affecté des manières, un genre de vie mystérieux, et a réussi à mystifier le peuple en se faisant passer pour le ministre de Napoléon 1er, avec lequel il paraît avoir eu des traits de ressemblances frappantes".

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Référence : Fonds fabrique Saint-Antoine, F321/A17/6/59. Abbé Joseph-Elzéar Bellemare, Histoire de la Baie-Saint-Antoine
Photo : Armand de Caulaincourt, duc de Vincence,

LES BEAUBIEN : SEIGNEURS , MÉDECIN, DÉPUTÉS ET JUGE À LA COUR SUPRÊME DU NOUVEAU-MEXIQUEMichel Trottier, sieur de Beaubi...
08/27/2026

LES BEAUBIEN : SEIGNEURS , MÉDECIN, DÉPUTÉS ET JUGE À LA COUR SUPRÊME DU NOUVEAU-MEXIQUE

Michel Trottier, sieur de Beaubien arrive sur les rives du Saint-Laurent en 1646. Il est l’ancêtre de la famille Beaubien qui s’établira plus t**d sur l’île Moras, l’un des deux fiefs constituant la seigneurie de Nicolet lors de sa fondation, en 1672. Parmi les plus illustres descendants de cette famille Nicolétaine, on retrouve Pierre Beaubien, médecin et enseignant à l’Hôtel-Dieu de Montréal, premier de sa profession à préconiser l’utilisation du stéthoscope au Canada. Homme engagé, il se fait élire député provincial du comté de Montréal en 1843, puis de Chambly jusqu’en 1849. Important propriétaire foncier, la rue Beaubien à Montréal est désignée en son honneur. Son fils, Louis de Gaspé Beaubien, représentant du comté de Nicolet de 1892 à 1897 est aussi ministre de l’agriculture. Riche propriétaire terrien à Montréal, il contribue activement à la fondation de la ville d’Outremont. Issu de la même lignée, le réalisateur et metteur en scène Paul Beaubien, participe à la fondation du département des lettres et de français à l’UQTR, où il enseignera jusqu’à son décès prématuré en 1988.

Remarquable destin que celui d'Alexis Hyppolite Beaubien, fils de Paul Beaubien, seigneur de l’île Moras. Celui-ci naît le 22 octobre 1800 à Nicolet. Il accède à la tonsure en 1820 et abandonne mystérieusement la prêtrise cette même année. Il troque alors son prénom pour celui de Charles et s’expatrie à Saint-Louis, Missouri, où il fait la traite de fourrures jusqu'à 1823. Année, où selon toute vraisemblance, il aurait obtenu la permission d’entrer en territoire des premières nations pour y exercer son commerce. Or, Beaubien se rend bien au-delà des limites frontalières américaines de l’époque. Il s’établit à Taos, au Nouveau-Mexique et prend la nationalité mexicaine. Il hispanise son prénom qui devient Carlos et épouse une Mexicaine en 1827. Les affaires de Beaubien prospèrent à Taos jusqu’à l'arrivée du gouverneur Armijo, en 1840, qui impose aussitôt une taxe spéciale aux propriétaires et commerçants qui ne sont pas originaires du Nouveau-Mexique. De plus, Beaubien déplore des attaques constantes contre ses postes de commerce régulièrement attaqués par les troupes hispaniques. Ce retournement politique le contraint à s’installer au nord de l’état afin d’échapper au contrôle du gouvernement mexicain. Il obtient la concession d’un territoire de 1,700,000 acres de superficie pour y élever du bétail et cultiver du fourrage destiné à la vente. En 1843, Beaubien s’associe à Charles Bent à qui il cède le quart de ses terres à la condition que ce dernier l'aide à s’établir aux abords des rivières Ponil, Vermejo, Cimarron et Rayado au nord du Nouveau-Mexique. Il acquiert même les services du légendaire trappeur Kit Carson pour assurer la protection des dix-sept familles établies sur ses terres. En 1843, il achète un million d’acres supplémentaires au sud du Colorado qu’il compte céder à son fils, Narciso. L’expansion de ce nouvel établissement se voit à nouveau contrecarré par la guerre Mexico-Américaine qui éclate en 1846. Celle-ci change radicalement le contexte politique de la région. Un gouvernement américain s’établi à Santa Fe. Charles Bent, l’associé de Beaubien, est alors désigné gouverneur du Nouveau-Mexique pour former un gouvernement de transition, tandis que notre Nicolétain d’origine accède à titre de juge à la cour suprême de l’état.

Les conflits armés entre le Mexique et les États-Unis, jumelés à de nombreux raids des Amérindiens revendiquant leur territoire, compliquent considérablement l’existence des pionniers. Le juge Charles Beaubien est lourdement éprouvé lors de la révolte à Taos en 1847. Alors qu'il préside un procès dans la ville de Tierra Amarilla, son fils Narciso et le gouverneur Bent sont tués par les insurgés qui s’emparent de la ville. Suite à cet évènement, Beaubien, n’ayant plus de fils pour assurer sa succession, remet entre les mains de ses deux gendres la gérance de ses affaires. Il se retire partiellement de la vie publique en 1851. Un an avant sa mort, à Taos en 1864, il se résout à vendre l’ensemble de ses propriétés au gouverneur du Colorado.

Charles Beaubien demeure un personnage important de l’histoire du Nouveau-Mexique. Le New Mexcico historical review publié par l’université du même nom lui consacre deux longs articles en 1967 et en 1971, dans lesquels on souligne l’apport non négligeable du Nicolétain à la fondation de cet état américain. Parmi les documents d’archives concernant la famille Beaubien conservés au CAR Séminaire de Nicolet, on retrouve un contrat notarié daté du mois de mai 1861 dans lequel Charles Beaubien cède officiellement ses droits sur l’île Moras à sa sœur Éléonore. Ce document semble indiquer que, malgré son existence mouvementée de pionnier du far west américain, Charles Beaubien est demeuré en relation avec les membres de sa famille de Nicolet jusqu’à la fin de sa vie.
Texte : Serge Rousseau pour le Car Séminaire de Nicolet
Références : Fonds Albertus Martin F277/M143/7
Collection Beaubien-Lozeau-Pacaud C444/A2/11
Références photos: Île Proulx ou île Moras en 1916 Fonds Albertus Martin F277-I98-2-11:
Docteur Pierre Beaubien avant 1900
Collection Georges-Étienne Brassard C079-G6-29-199

ABJURATIONS ET RENONCIATIONS À SAINT-JOSEPH-DE-DRUMMONDVILLEDifficile de l’imaginer aujourd’hui, mais au 19e siècle le b...
08/23/2026

ABJURATIONS ET RENONCIATIONS À SAINT-JOSEPH-DE-DRUMMONDVILLE

Difficile de l’imaginer aujourd’hui, mais au 19e siècle le boulevard Saint-Joseph à Drummondville est une simple route rurale appelée communément le troisième rang de Grantham. À l’époque, les fermes et terres environnantes de ce secteur appartiennent toutes à des propriétaires anglophones. Deux exceptions viennent confirmer la règle : la terre d’une famille Dorion et un lot appartenant à la fabrique Saint-Frédéric destiné à devenir le futur cimetière de cette paroisse.

Dès le début du vingtième siècle, l’industrialisation s’accélère. La venue de nombreuses usines attire bon nombre d’ouvriers, ce qui requiert la construction de nouveaux logements. Plusieurs fermes sont alors subdivisées en terrains pour favoriser le développement domiciliaire. C’est dans ce contexte que la paroisse de Saint-Joseph-de-Grantham est érigée canoniquement le 8 avril 1936 par Mgr Brunault. On construit le presbytère, dans un premier temps, afin d’y loger le curé fondateur, Adolphe Demers. L’église, elle, attendra jusqu’en septembre 1942 avant d’accueillir ses premiers fidèles. En novembre 2006, Mgr St-Gelais supprime les paroisses Saint-Joseph, Saint-Jean-Baptiste et Saints-Pierre-et-Paul de Drummondville pour les rattacher à la paroisse Saint-Pie-X. En 2007, le regroupement de ces quatre paroisses est désigné sous le nom de Bon-Pasteur.

Fait intéressant, on retrouve parmi le fonds d’archives de la Fabrique Saint-Joseph-de Drummondville, un certain nombre de demandes officielles d’abjurations soumises aux autorités du diocèse. Il s’agit essentiellement de protestants désireux de renoncer à leur religion pour se convertir au catholicisme. Ces renonciations sont une conséquence directe du flux migratoire francophone engendré par l’expansion industrielle fulgurante que connaît la région. Les anglophones, majoritairement de confession protestante, voient leur poids démographique s’effrité sous l’arrivée massive des francophones essentiellement catholiques. Les fréquentations et les mariages de confession mixte s’avèrent inévitables. L’Église catholique refuse catégoriquement de consacrer ce genre d’union, sans l’abjuration formelle et sincère de « l’hérétique ». L’Église ne lésine pas avec ce genre de serment. L’abjurateur doit démontrer, hors de tout doute, la sincérité de sa conversion. Il faut aussi qu’il accepte de signer un formulaire intitulé « Profession de foi pour les non catholiques » émise par le Saint Office. Le candidat au baptême jure alors la main sur les Saints Évangiles: « je professe la foi qu’enseigne l’Église catholique apostolique et romaine (…) et je me soumets à elle de tout cœur. Je crois que le Pontife romain est le Vicaire de Jésus-Christ sur terre, le chef suprême visible de toute l’Église. Infaillible quand il enseigne ce qu’il faut croire et pratiquer. Je crois en outre tout ce que la sainte Église catholique, apostolique et romaine définit et déclare d’être de foi. À elle, j’adhère de tout cœur et je rejette toutes les erreurs et les schismes qu’elle condamne ». Toutefois, avant de pouvoir apposer sa signature au bas de ce document, l’abjurateur est soumis à une enquête exhaustive visant à s’assurer de la sincérité irréversible de sa conversion. Ces étapes franchies, la cérémonie du baptême se déroule dans l’intimité de la sacristie ou du presbytère et non devant l’autel, selon le protocole habituel.

On retrouve parmi les archives de la fabrique Saint-Joseph cinq abjurations signées par des protestants convertis au catholicisme et le même nombre de renonciations à l’Église catholique.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Fonds Fabrique Saint-Joseph-de-Drummondville F417/A1/5, F417/A1/6
Photos : Presbytère Saint-Joseph de Drummondville vers 1945, F085-P13264. Instructions pour les célébration des mariages mixtes- F417-A1-9

LE PALAIS DE JUSTICE DE NICOLET : UN PATRIMOINE EN PÉRILAu Québec, il se passe rarement une semaine sans qu’on apprenne ...
08/19/2026

LE PALAIS DE JUSTICE DE NICOLET : UN PATRIMOINE EN PÉRIL
Au Québec, il se passe rarement une semaine sans qu’on apprenne qu’un édifice patrimonial ne soit menacé de démolition. On évoque alors la vétusté du bâtiment en question et le coût astronomique de son éventuelle restauration pour le céder aux pics des démolisseurs. Cela même, si comme dans le cas du palais de justice de Nicolet, les élus tiennent à sa préservation. À l’été 2025, après plus d’un an de démarches, de constats d’infraction et d’ordonnances restés sans effet, la Ville de Nicolet décide de passer à l’étape ultime dans le dossier de l’ancien palais de justice, géré par la Société québécoise des infrastructures, et demande l’expropriation auprès du Tribunal administratif du Québec. Comme l’affirme la mairesse Geneviève Dubois : « Le palais de justice fait partie de notre identité Nicolétaine. C'est un témoin de notre histoire depuis 1910 et un repère architectural qui mérite d'être transmis aux générations futures. » Conçu par l’architecte Louis Caron, le bâtiment de style néo-classique, classé patrimonial depuis 2012, se distingue par la noblesse de ses matériaux, l'élégance de son ornementation et constitue un véritable joyau architectural.

Notons que le palais de justice voit le jour au cours du processus qui mène à la création du district judiciaire de Nicolet érigé en 1915 avant d’être réintégré à celui de Trois-Rivières au début des années 70. Grâce à ses nombreuses institutions religieuses scolaires, industrielles et financières qui rassemblent un nombre considérable de voyageurs et hommes d’affaires, Nicolet s’impose comme le centre d’activité régional au sud du Saint-Laurent, entre Québec et Montréal. À partir de cette constatation, en 1893, le conseil municipal de Nicolet suggère de former un district judiciaire en détachant Nicolet de celui de Trois-Rivières en précisant que Nicolet fournit déjà le tiers des causes se retrouvant devant la Cour supérieure.

Durant sa soixantaine année d’existence, le palais de justice de Nicolet est le théâtre de causes qui retiennent l’attention. Soulignons, entre autres, le meurtre de Denise Ampleman, âgée de 22 ans, en 1968. Cette dernière disparait de son logis de Québec le 29 juin 1968. N’assistant pas comme prévu au mariage de son frère le 6 juillet, ses parents s’inquiètent et contactent les policiers pour signaler sa disparition. Son corps est retrouvé à Saint-Léonard-d ’Aston le 10 août suivant. S’ensuit un procès aux nombreux rebondissements au terme duquel une connaissance de la victime, Jean Leblanc, 25 ans de Sainte-Perpétue, est reconnu coupable du meurtre et condamné à la prison à vie. Mais l’affaire la plus médiatisée au niveau provincial demeure sans doute l’enquête publique sur la police de Trois-Rivières qui débute le 16 novembre 1982. De nombreux policiers sont alors accusés de parjure, d’intimidation de témoins, de faux témoignages, de vols à main armée, de tentative de meurtre, de fabrication de preuves, de conflits d’intérêts, laissant entendre que le service policier de Trois-Rivières au lieu de protéger la population représente plutôt une menace pour celle-ci. Durant cette enquête, l’affaire Dupont, un policier de Trois-Rivières s’étant prétendument suicidé en 1969, refait surface en remettant en doute les méthodes d’enquête sur ce nébuleux décès. Les révélations de l’enquête sur la police trifluvienne, menée devant le juge Denys Dionne, deviennent si embarrassantes que le syndicat de la police du Québec tente, sans succès, d’obtenir une ordonnance pour interdire aux journalistes l’accès au palais de justice de Nicolet.

Aujourd’hui, le bâtiment et ses alentours continuent à se détériorer. Cela, malgré la multiplication des actions de la ville de Nicolet pour contraindre le propriétaire à assumer ses responsabilités. Suite à des pressions légales répétées, concernant des déficiences majeures au niveau de l’entretien de la bâtisse et du terrain, on ne constate aucune amélioration jusqu’à ce jour. Devant l’impasse, le conseil municipal a choisi d’aller de l’avant avec une démarche d’expropriation pour des motifs patrimoniaux, une première au Québec, selon les élus. En août 2025, un mandat d’évaluation de la valeur marchande du bâtiment a été confié afin de préparer le dépôt d’une indemnité provisoire au tribunal. Ce qui pourrait mener le dossier devant le Tribunal administratif du Québec ou la Cour supérieure en cas de contestation, sinon la Ville deviendra propriétaire de l’immeuble et les discussions se limiteront à la détermination du prix, à l’amiable ou devant un juge. On attend toujours le dénouement.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Fonds J.-B.-Arthur Rousseau F479/A1/3. Courrier Sud 15 septembre 2025. Le Soleil 13 septembre 1968.
Photos : Palais de justice, rue Signay vers 1915, F238-J21-2-41. Palais de justice vers 1910, F085-P4445. Palais de justice de Nicolet 2026.

LE PATRIOTE ÉLISÉ MAILHOT ET L’HOMME FORT MODESTE MAILHOT: DEUX PERSONNAGES MARQUANTS DE  LA SEIGNEURIE DES BECQUETS Né ...
08/16/2026

LE PATRIOTE ÉLISÉ MAILHOT ET L’HOMME FORT MODESTE MAILHOT: DEUX PERSONNAGES MARQUANTS DE LA SEIGNEURIE DES BECQUETS
Né en 1814 à Saint-Pierre-les-Becquets, Élisé Mailhot est un personnage dont la prodigieuse destinée demeure ignorée de l’histoire. Celui-ci entreprend des études en droit à Montréal et adhère au mouvement des Patriotes lors des troubles de 1837. Il est arrêté par les autorités alors qu’il assiste à une assemblée des Fils de la liberté. Un habile subterfuge lui permet d’échapper à ses gardiens. Il se réfugie alors auprès d’un ami navigateur dont le bateau est amarré au port de Montréal. Ce dernier le cache durant quelques temps avant de lui faire franchir la frontière américaine. Après des jours de marche afin d’échapper à ses poursuivants, Élisé Mailhot se résigne finalement à frapper à la porte d’une riche demeure de l’Illinois pour y chercher refuge. On accueille volontiers le fugitif malade d’épuisement. Grâce aux bons soins particuliers d’une demoiselle de la maison, il recouvre progressivement la santé. Des liens intimes se nouent entre le malade et «l’infirmière » à qui il promet au moment de quitter ses bienfaiteurs : «Mademoiselle, je n’ai pas la situation voulue pour demander actuellement votre main, mais si vous voulez bien m’attendre, je reviendrai avec bonheur. » Il y retourne effectivement quelques années plus t**d. Mais seulement après avoir rejoint un groupe de patriotes formés aux États-Unis et au sein duquel il repart combattre, avec plus ou moins de succès, au Canada. La rébellion matée, Élisé Mailhot retourne aux États-Unis où il complète avec brio des études de droit qui lui permettent d’accéder au barreau. Établi à l’Assomption dans l’état de l’Illinois avec son épouse Anny Mills, il exerce sa profession avec succès, ce qui lui permet d’accumuler une belle fortune. Il investit une partie de son capital en achetant de grandes plantations de canne à sucre en Louisiane. Sa vie se partage alors entre l’Illinois et la Louisiane où lui et son épouse mènent une existence, à la fois, paisible et mondaine.

Quoique parvenu, Élisé Mailhot, en bon patriote, n’oublie pas ses origines. Il s’inquiète particulièrement du sort de ses compatriotes que la misère coloniale pousse à l’exile et qui errent trop nombreux de part et d’autre des États-Unis à la recherche de travail: « Il voulut tenter d’en réunir le plus possible et de participer à leur bien-être. En 1866, il achète une grande étendue de terrain où plusieurs familles se fixèrent. Ce fut le noyau d’une population canadienne française dont on trouve encore des descendants. » Il fait construire une église à ses frais et obtient les services d’un prêtre afin que ses protégés puissent pratiquer leur religion à leur guise.

L’esclavage abolit suite à la guerre de Sécession, Élisé Mailhot, malgré une perte considérable de revenus, dote ses esclaves d’un pécule suffisant pour leur permettre de s’établir convenablement. Mais ceux-ci, sont si bien traités par leur ancien maître qu’ils le supplient de les garder auprès de lui. Suite à une vie bien remplie de labeur, de succès et de dévouement, Élisé Mailhot s’éteint le 16 août 1875 à l’âge de 61 ans, victime d’une épidémie de choléra.

Nos recherches n’ont pas permis d’établir si Élisé appartenait à la même lignée de Mailhot que celle de l’homme fort Modeste Mailhot, autre personnage important de Saint-Pierre-Pierre-les-Becquets. Une histoire raconte que lors de travaux pour la route principale, un groupe d'ouvriers en était rendu à déplacer une énorme roche d'environ 6 pieds de haut par 3 pieds de large. Le groupe décida alors de prendre la pause du dîner et de revenir à la charge avec des chevaux pour faciliter le travail. Pendant le dîner, le géant, Modeste Mailhot, se retrouva seul avec la roche et la déplaça sur plusieurs pieds pour la mettre hors de la route. C'est au retour du repas que les ouvriers constatèrent que la roche avait été déplacée par un seul homme. Un exploit qui continue de marquer les esprits. « La roche à Mailhot » est toujours visible aux abords de la route 132 à quelques kilomètres de la sortie est du village de Deschaillons. Une plaque commémorative rappelle aux passants l’exploit de l’homme fort de Saint-Pierre-les-Becquets. D’autre part, aucun site ni monument ne semblent vouloir rappeler le souvenir d’Élisé Mailhot dans la région. Par contre, quelques pages lui sont consacrées dans le livre commémoratif dédié au tricentenaire de la seigneurie Lévrard-Becquet (1672-1972) dans lequel l’on s’att**de surtout à décrire ses exploits patriotiques.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Fonds Société d’histoire Régionale de Nicolet, F238/E12/4

Photos : Manoir Les Becquets ou manoir Méthot, prise par Ambroise Houle en 1996, Fonds Ambroise Houle F042-E36-2. Plaque commémorative de La roche à Mailhot, image provenant des Quatre saisons de Jean Provencher https://jeanprovencher.com/2016/04/21/la-roche-a-mailhot/

ORIGINAUX ET DÉTRAQUÉS À SAINT-DAVID-D’YAMASKAAutrefois, chaque foyer possédait un « banc du quêteux » qui accueillait l...
08/12/2026

ORIGINAUX ET DÉTRAQUÉS À SAINT-DAVID-D’YAMASKA
Autrefois, chaque foyer possédait un « banc du quêteux » qui accueillait les miséreux. Il s’agissait d’itinérants inoffensifs et serviables qui contribuaient à alléger le quotidien de leurs hôtes en exécutant de menus travaux, tel rentrer du bois, puiser de l’eau, ou nourrir les bêtes. Dotés pour la plupart de remarquables dons de conteur, ils animaient les soirées en captivant leurs hôtes avec des récits, contes et légendes glanés au fil de leurs péripéties. Dans son histoire de Saint-David d’Yamaska, rédigée en 1935, le docteur L.W. Joyal consacre quelques pages à certains de ces mémorables personnages.

Michaud Pratte, de son véritable nom Michel Champoux, était: « un homme de haute stature, maigre, un peu borgne, humble de cœur comme d’esprit ». Celui-ci était fasciné par les moulins à aubes qu’il reproduisait en miniatures. Les enfants adoraient ses jouets dont le souci de réalisme allait jusqu’à imiter le bruit des pales en mouvement. Michaud Pratte possédait, apparemment, une belle voix. Profondément dévot, il connaissait tous les Kyries, chants, hymnes et cantiques qu’il entonnait avec justesse et douceur. Il allait de maison en maison : « après quelques jours passés dans une famille, Michaud partait à l’improviste. Il arrivait alors dans une nouvelle maison, toujours à l’improviste sans que personne puisse dire d’où il venait, ni par quel chemin il arrivait. » Étrangement, il vouait une haine indéfectible envers les chars (trains) qu’il assimilait à l’enfer : « Il se prenait la tête entre les deux mains, se bouchait les oreilles avec les pouces, puis se penchait pour saluer les chars avec son derrière. » Devenu vieux et impotent, il termina ses jours à l’hôpital de Nicolet.

P’tit Louis Franchisse, né à Saint-David en 1836, était un homme d’humeur joviale, malgré un bras impotent. On le disait paresseux, mais d’agréable compagnie. Il cultivait l’esprit de famille et parvenait à se faire recevoir un peu partout parmi son abondante parenté. Il était très croyant et possédait une mémoire impressionnante qui lui permettait de réciter par cœur tous les prônes, sermons et commérages de l’époque. Il attirait ainsi la sympathie et la générosité des gens qui lui accordaient leur hospitalité. Il amassa suffisamment d’aumônes au cours des années pour parvenir à se faire construire une petite maison d’environ douze pieds carrés. « P’tit Louis était l’ami et le camarade de tous les jeunes garçons de la paroisse aux temps des catéchismes de la première communion. » Après les offices religieux, il s’amusait à se bousculer avec une ribambelle d’enfants tapageurs, mais s’en lassait assez rapidement : « Alors, les gros mots sortaient en tempête avec des qualificatifs acrimonieux » Une bonne parole suffisait à le calmer et la bousculade reprenait de plus bel. Il est mort du tétanos en 1895, à l’âge de 59 ans.

Joseph Levasseur, communément appelé Ti-Jos Vasseur, profitait de la belle saison pour circuler de porte en porte et saluer les gens qu’il considérait tous comme ses cousins et cousines : « Il arrivait pieds nus, culottes effrangées, capot de soldat avec ceinture fléchée, chapeau en forme de mitre Monseigneur surmonté de longues plumes, long bâton courbé en forme de crosse d’évêque, marchant au milieu du chemin et chantant des cantiques à la Vierge ou des litanies. » Une autre de ses caractéristiques consistait à débiter des sermons auprès des jeunes de la paroisse, sur le thème de la vanité des choses de ce monde. Il commençait toujours par cette phrase : « garçons rondins, filles rondines, que faites-vous de votre jeunesse? » Il se répandait ensuite en remontrances : « à faire rire les pierres » Mais sa morale finit par devenir suspecte et il cessa ses courses à Saint-David. Il vécut par la suite à Yamaska où il mourut à un âge avancé.

Le docteur Joyal cite également d’autres personnages tout aussi colorés et malmenés par le destin. Cela se passait à une époque où les plus démunis ne bénéficiaient d’aucun filet social et dépendaient de la générosité des gens. Des drames survenaient immanquablement. Comme dans le cas de ce pauvre Pierre Rondeau retrouvé mort gelé dans son lit après être retourné vivre auprès d’une mère et d’une sœur toutes aussi démunies que lui.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Référence : Histoire de Saint-David, par L. W. Joyal, Fonds Société d’histoire régionale de Nicolet 238/E12/ 3

Photos : Église de Saint-David vers 1877. CAR SN F085-P5200. Le manoir de Saint-David. F088-G3-123

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