01/31/2026
Nietzsche disait que l’État pouvait devenir « le plus froid des monstres froids ». Le CANADA est-il inconsciemment lui aussi sur ce chemin par la voie des automatismes administratifs?🤔
est-il juste de changer les règles d'un match pendant la mi-temps🙄?
Ces question sont a la base de cette petite chronique.
L’HOMME, LA MAISON ET LA PAROLE DONNÉE
Il était une fois un homme installé depuis longtemps dans une grande maison solide.
Une maison bâtie avec soin, patience et effort collectif.
Elle était fonctionnelle, accueillante, et pendant des années, elle avait tenu bon.
Mais avec le temps, l’entretien est devenu plus exigeant.
Le gazon poussait plus vite qu’il ne pouvait le couper.
La cuisine demandait une présence quotidienne.
Le pain ne se faisait plus seul sur la table.
Les voitures nécessitaient des vérifications régulières.
Le plancher réclamait des réparations constantes.
Cet homme n’était ni faible, ni négligent.
Il était lucide.
Il savait que, seul, il ne pouvait plus tout assurer.
Il avait besoin d’aide.
Pas d’une aide ponctuelle, mais d’un soutien durable, structuré, fiable.
Il avait besoin de femmes et d’hommes capables de travailler chaque jour, de prendre part à la vie de la maison et de contribuer à son bon fonctionnement.
Alors, il a réfléchi.
Il a regardé au-delà de son environnement immédiat, au-delà de ses frontières habituelles.
Il a vu ailleurs des personnes compétentes, courageuses, prêtes à s’engager.
Il a décidé de leur parler, de les inviter, de leur proposer un cadre clair.
Il a mis en place un programme.
Il a formulé une promesse.
Il a dit :
« Venez chez moi.
Il y a du travail.
Il y a des besoins réels.
Si vous vous engagez, si vous contribuez, si vous vous intégrez, alors, après un certain temps, cette maison pourra aussi devenir la vôtre. »
Ces paroles n’étaient pas vagues.
Elles étaient structurées, écrites, institutionnalisées.
Elles ont voyagé loin.
Elles ont atteint des femmes et des hommes qui, ailleurs, vivaient déjà des réalités difficiles.
Des personnes qui ont longuement réfléchi avant de partir.
Des personnes conscientes des risques, des sacrifices et des ruptures que cet engagement impliquait.
Ils ont quitté leur pays.
Ils ont quitté leurs proches.
Ils ont quitté leurs repères.
Non par naïveté, mais parce qu’ils ont cru à une parole officielle, à un cadre légal, à une promesse fondée sur le travail et l’intégration.
Ils sont arrivés dans la maison de l’homme.
Ils ont travaillé dans les cuisines.
Ils ont travaillé dans les champs.
Ils ont travaillé dans les usines, les boulangeries, les services.
Ils ont préparé les repas.
Ils ont entretenu les lieux.
Ils ont contribué à l’économie de la maison.
Ils ont payé des taxes.
Ils ont respecté les règles.
La maison fonctionnait.
La maison tenait debout.
Et pendant un temps, chacun y trouvait sa place.
Puis, un jour, l’homme a changé de regard.
Il s’est dit qu’il y avait trop de monde.
Trop de personnes invitées.
Trop de travailleurs présents.
Et au lieu de reconnaître sa responsabilité dans l’évaluation de ses besoins, au lieu de réfléchir à la reconversion de ces travailleurs qualifiés devenus excédentaires dans certains secteurs, il a choisi une autre voie.
Il a modifié les règles en cours de route.
Le programme a changé.
Les conditions ont été resserrées.
Les perspectives se sont assombries.
Des personnes déjà présentes, déjà intégrées, déjà engagées, ont commencé à entendre qu’elles pourraient devoir partir.
Ce basculement n’était pas seulement administratif.
Il était profondément humain.
Car ces femmes et ces hommes n’étaient pas venus par hasard.
Ils avaient construit leur vie autour d’un engagement réciproque :
travailler, contribuer, s’intégrer, et, en retour, obtenir une stabilité durable.
C’est ici que la métaphore dépasse l’histoire.
Cet homme n’est pas une personne réelle.
Il ne représente ni un citoyen, ni une population, ni une génération.
Il représente l’État.
Le Canada.
Et plus particulièrement le Québec.
Et la question du respect de la parole donnée aux travailleurs étrangers temporaires.
Ces sociétés se sont construites sur des valeurs de travail, de solidarité et de respect des engagements.
Des sociétés qui, historiquement, ont su accueillir, intégrer et bâtir avec celles et ceux venus d’ailleurs.
La critique ici n’est pas dirigée contre les citoyens.
Bien au contraire.
De nombreux citoyens voient cette situation, la comprennent et la jugent injuste.
Ils savent que ces travailleurs contribuent concrètement à la société.
Ils savent que leur présence n’est pas une charge, mais une participation active.
Ils savent surtout que ces personnes ont respecté les règles établies.
La réflexion vise plutôt une autre réalité : celle de l’État devenu mécanique.
Le philosophe Friedrich Nietzsche écrivait dans Ainsi parlait Zarathoustra :
« L’État est le plus froid de tous les monstres froids. »
Il ne visait pas les peuples, mais les structures qui, à force de fonctionner par automatisme, finissent par perdre le sens de l’humain.
Un État qui calcule, qui régule, qui administre, mais qui oublie parfois que derrière chaque dossier, il y a une vie.
Aujourd’hui, cette réflexion résonne fortement.
Quand des règles changent sans considération pour les parcours déjà engagés,
quand des personnes intégrées deviennent soudainement indésirables,
ce n’est pas nécessairement par manque de bonne volonté citoyenne,
mais par rigidité institutionnelle.
Et pourtant, l’histoire n’est pas sombre partout.
Il y a les citoyens qui se mobilisent.
Il y a les employeurs qui témoignent.
Il y a les voisins qui soutiennent.
Ils rappellent une vérité simple :
l’intégration est un échange.
Les travailleurs étrangers ne sont pas venus prendre, mais participer.
Leur présence enrichit la maison autant qu’elle leur a offert une opportunité.
Ce texte n’est pas un reproche.
Ce n’est pas une accusation.
C’est un appel à la cohérence.
Car accueillir, ce n’est pas seulement inviter.
C’est accompagner.
C’est respecter la parole donnée.
C’est reconnaître l’effort consenti de part et d’autre.
L’homme peut encore choisir.
Il peut laisser l’automatisme décider à sa place, avec les conséquences que cela implique.
Ou il peut se souvenir que cette maison s’est maintenue grâce à un engagement collectif,
fait de citoyens, de travailleurs d’ici et d’ailleurs,
unis par le travail et la dignité.
La question demeure ouverte, calme, mais essentielle :
Quel sens voulons-nous donner à l’accueil, à l’intégration et à la parole donnée ?